La réduction massive décidée dans le cadre de l’accord Opep+ a provoqué un creux notable dans la production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) durant le mois de mai, indique une enquête de Reuters, précisant que l’organisation a pompé en moyenne 24,77 millions de barils par jour (mbj) ce mois-ci, soit une baisse de 5,91 mbj par rapport au niveau d’avril, qui a été révisé. Ces fortes restrictions ont fait abaisser l’offre de l’organisation pétrolière à ses plus bas depuis 20 ans, précise l’agence de presse.
Pour rappel, le 12 avril dernier, les 13 pays de l’Opep et leurs partenaires, dont la Russie, étaient parvenus à un accord portant sur des coupes de 9,7 mbj pour les deux mois de mai et juin. Ces volumes représentent 10% de la demande mondiale qui se trouvait alors dans un état d’effondrement sous l’impact des mesures sanitaires mises en place contre la pandémie de la Covid-19.
«L’Opep a réalisé un démarrage en trombe en mai grâce à sa dernière baisse de production, réduisant l’offre de cinq millions de bpj par rapport à avril», a souligné pour Reuters Daniel Gerber, Directeur général de Petro-Logistics, un cabinet spécialisé dans le suivi de l’offre de pétrole. Toutefois, «le respect de l’accord (de réduction) est cependant loin d’être parfait», a-t-il noté, observant que certains pays n’ont pas réussi à réduire leur niveau de production car l’accord a été signé moins de quatre semaines avant son entrée en vigueur. Le Nigeria et l’Irak ont, par exemple, affiché un taux de conformité à l’accord de seulement 38% et 19% respectivement, bien loin du niveau enregistré par l’Arabie saoudite (96%), des Emirats arabes unis (93%) et du Koweït (72%).
La performance de l’Opep a été d’ailleurs mise en évidence par son Secrétaire général, Mohammad Sanusi Barkindo. Lors d’une réunion par vidéoconférence avec le nouveau ministre vénézuélien du Pétrole, Tareck El Aissami, Barkindo a fait part du «niveau élevé d’engagement, de motivation et de dévouement de l’Opep et des autres pays producteurs dans la Déclaration de coopération (DoC), en termes d’adhésion aux ajustements de production qui ont commencé le 1er mai et de fournir une plateforme pour la reprise de la croissance dans les mois et les années à venir», rapporte l’Opep sur son site web. Le Secrétaire général de l’Organisation n’a, quant à lui, pas fourni de chiffres sur la baisse de la production de l’Opep, mais n’a pas manqué de recommander à ses membres de «rester constants, attentifs et continuer avec le sens de l’objectif que tous les participants ont montré depuis les réunions ministérielles d’avril». «Nous ne voulons pas compromettre le revirement dont nous avons été témoins ces dernières semaines», a-t-il ajouté.
En plus de l’accord de 12 avril, des baisses volontaires supplémentaires ont été annoncées par l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït pour le mois de juin. L’Arabie Saoudite retirera jusqu’à un million de barils supplémentaires par rapport à ce qui a déjà été convenu. Dans le cas du Koweït, la réduction atteindra 80 000 b/j, tandis que les Emirats arabes unis se sont engagés à retirer jusqu’à 100 000 barils. Côté prix, le panier de l’Opep, constitué de prix de référence de 14 pétroles brut s’est maintenu, la semaine dernière, à plus de 29 dollars. Cependant, l’annonce d’un bond des stocks américains de brut est venue rompre la tendance haussière qui a marqué le marché pétrolier ces derniers jours. A cette donne s’ajoutent les tensions entre les Etats-Unis et la Chine qui gagnent en pression.
Vendredi, au dernier jour de la semaine, le marché évoluait à la baisse conséquente par rapport à jeudi. A l’approche de la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet s’échangeait à 34,15 dollars à Londres, en recul de 3,23%. A New York, le baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour la même échéance perdait de son côté 3,80%, à 32,43 dollars. L’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) a révélé jeudi que les réserves de brut aux Etats-Unis avaient bondi de 7,9 millions de barils lors de la semaine se terminant le 22 mai, alimentées notamment par une forte hausse des importations de brut en provenance d’Arabie saoudite. Les analystes avaient pour leur part tablé sur une baisse. F. N.