Le marché pétrolier n’est visiblement pas prêt de sortir des turbulences qui le marquent depuis au moins trois années. Les prévisions des acteurs du secteur se suivent et se ressemblent pour prévoir le prolongement de cette situation.

Synthèse de Feriel Nourine
En ce sens, le PDG d’ExxonMobil s’attend à ce que ces turbulences se prolongent de «trois à cinq ans», sous l’impact du sous-investissement et de la pandémie de covid-19.
«Nous avons probablement devant nous trois à cinq années de turbulences sur les marchés (du pétrole, NDLR). La façon dont cela se manifestera au niveau des prix sera en grande partie fonction de la demande, qui est difficile à prévoir», a déclaré Darren Woods lors du Qatar Economic Forum. Outre le sous-investissement dans la recherche de nouveaux gisements, la pandémie a «privé l’industrie de beaucoup de revenus», a fait remarquer le patron du géant américain des hydrocarbures, prévenant que «nous allons voir beaucoup de volatilité et de rupture sur le marché si nous n’avons pas des politiques plus réfléchies».
Le ministre de l’Énergie du Qatar, Saad Al-Kaabi, a quant à lui critiqué la «diabolisation» des compagnies pétrolières et les taxes imposées dans certains pays. «Je n’ai pas vu les gouvernements intervenir quand (les compagnies pétrolières) perdaient de l’argent et empruntaient, quand le prix du pétrole était négatif au Texas», a-t-il déclaré.
Sur le terrain gazier, le patron d’ExxonMobil s’est également rendu à Doha pour signer un accord faisant de l’entreprise le quatrième partenaire étranger dans le projet North Field East (NFE), l’extension du plus grand champ de gaz naturel au monde.
ExxonMobil a pris une part de 6,25% dans une co-entreprise avec Qatar Energy, soit l’équivalent de celle du français TotalEnergies. L’Italien Eni et l’Américain ConocoPhillips ont chacun pris des parts de 3,125%.
Pour le patron d’ExxonMobil, ce projet peut «rééquilibrer le marché mondial» du gaz, lui aussi affecté par la guerre en Ukraine.
Sur les marchés, les échanges continuaient hier à se dérouler dans une tendance baissière, avec des cours de pétrole qui sont descendus sous la barre des 110 dollars, après avoir cédé près de 5%, emportés par les craintes de récession conjuguées à la volonté du président Biden d’intervenir pour enrayer l’escalade des coûts du carburant déclenchée par l’inflation.
Vers 11H45, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août chutait de 4,23% à 109,80 dollars.
Le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour livraison le même mois, dont c’était le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, perdait quant à lui 4,71% à 104,36 dollars. Les deux références évoluaient toutes deux à leur plus bas depuis un mois, en dessous de la barre des 110 dollars le baril.
«Les craintes d’une récession et la réunion de jeudi (aujourd’hui) entre les représentants de l’industrie pétrolière américaine et le président américain Biden sont citées comme les raisons de cette nouvelle chute des prix», commente Carsten Fritsch, analyste pour Commerzbank.
Avant cette rencontre, le président Joe Biden va demander mercredi au Congrès américain de suspendre pour trois mois une taxe fédérale sur les prix de l’essence.
La Maison Blanche souhaite supprimer jusqu’en septembre une taxe fédérale et appelle les Etats, qui taxent également l’essence à la pompe, à faire de même, afin «de soulager directement les consommateurs américains qui souffrent de la hausse des prix de Poutine», ont indiqué de hauts responsables de l’administration.
«Il s’agit d’un exemple de réaction négative des marchés à l’incertitude générée par une intervention politique», explique Ricardo Evangelista, analyste pour ActivTrades. <