Peu avant que son avion décolle en partance pour l’Allemagne, où il devrait subir de nouveaux examens médicaux, Abdelmadjid Tebboune a glissé une phrase d’appréciation sur l’action de son gouvernement, laissant entendre que la satisfaction n’était pas complète.

En effet, dans une déclaration succincte, prononcée à l’aéroport militaire de Boufarik, peu avant le décollage de l’avion présidentiel, le président de la République a laissé entendre que les résultats du gouvernement étaient mitigés et dans son action, il y avait du «négatif et du positif». Dans sa déclaration et dans son regard, il y a avait un mécontentement qui sautait aux yeux, notamment lorsqu’il s’adressait au Premier ministre, Abdelaziz Djerad. C’est la seconde fois en un laps de temps d’une semaine que le chef de l’Etat décoche des flèches sévères à l’adresse de son gouvernement. Dimanche, 3 janvier, lors d’un Conseil des ministres dédié essentiellement à l’évaluation du bilan annuel de 2020 des différents secteurs ministériels, le chef de l’Etat a, d’emblée, estimé que le bilan des performances ministérielles pour le précédent exercice était plutôt mitigé avec «du positif et du négatif». Une phrase lourde de sens qui suggère que certains ministres ne passeront pas l’hiver. Abdelmadjid Tebboune s’est, à la même occasion, félicité du progrès tangible dans les secteurs vitaux tels que l’industrie pharmaceutique, les start-ups et le soutien à l’emploi de jeunes, mais n’a pas hésité à tirer à boulets rouges sur certains autres départements, dont l’action était peu productive. Il a ainsi, rappelons-le, exprimé son vif mécontentement de la gestion par certains walis des zones d’ombre, sur la gestion légère des importations des céréales par les organismes dépendant du ministère de l’Agriculture. Dimanche, le chef de l’Etat en a rajouté une couche et fait un pas de plus vers le remaniement attendu du gouvernement. Il ne faut cependant pas y voir un changement routinier, étant donné le poids de la crise que subit le pays. Il est question, si remaniement il y a, de donner plus de visibilité sur l’action du gouvernement, un coup d’accélérateur à certains chantiers jugés prioritaires et vitaux et de la dynamique dans un gouvernement figé, alors que la crise pandémique et financière suppose un maximum de rigueur, de vigilance et de mobilisation. Le chef de l’Etat a simplement confirmé, dimanche, que certains ministres se sont illustrés ces derniers mois par un silence assourdissant aussi bien au plan de l’action qu’en matière de gestion de leurs propres portefeuilles. Pis encore, certains ministres ne faisaient que multiplier les impairs depuis leurs nominations, se laissant prendre, tantôt dans le filet des mauvaises plaisanteries, tantôt dans celui des polémiques générées par leurs déclarations aussi bien fantaisistes que maladroites. Un chemin vers un remaniement serait engagé à la suite des déclarations, dimanche, du chef de l’Etat au sujet de l’action de son gouvernement. D’autant plus que le contexte politique et économique exige un esprit d’union et de rassemblement pour pouvoir relever les défis auxquels est confronté le pays. Les lignes semblent bouger. Le retour du chef de l’Etat donnerait probablement corps à ce que seront les ambitions futures, aussi bien au plan politique qu’économique. Les ministres des Finances, de l’Industrie, de la Santé seront au cœur de l’action du gouvernement étant donné le contexte du double choc coronavirus-crise financière et ses conséquences économiques et sociales. Ils, ou leurs prédécesseurs, seront au front pour tenter d’endiguer une crise sanitaire et économiques qui pourrait se traduire par des remous sociaux. Ces principaux ministères de cette guerre étaient jusqu’ici à la peine. On saura en tout cas un peu plus sur ce que deviendront les ministres qui ont suscité le plus de mécontentement chez le chef de l’Etat et l’orientation à donner à l’action du gouvernement après le retour du chef de l’Etat de son séjour médical.