En dépit de la réouverture du Nord Stream, après dix jours de maintenance, les pays européens continuent à vivre dans une atmosphère empreinte d’angoisse et de crainte d’une pénurie durant l’hiver prochain. La remise en marche de ce canal, par lequel transite un tiers des livraisons de gaz russe à l’UE, ne suffit pas, en effet, pour rassurer les Vingt-sept sur leur avenir énergétique à court terme, vu que le Nord Stream ne fonctionne qu’à 40% de ses capacités, c’est-à-dire au niveau d’avant sa fermeture.

Face à cette situation, la Commission européenne (CE) a mis ses pays membres en alerte, appelant chacun d’eux à «faire tout son possible» pour réduire, entre août 2022 et mars 2023, sa consommation de gaz d’au moins 15% par rapport à la moyenne des cinq dernières années sur la même période. Les Etats devront détailler d’ici fin septembre leur feuille de route pour y parvenir. La CE a fait cet appel mardi, en prévision de sa réunion d’urgence retenue pour demain 26 juillet.
Entre-temps, Vladimir Poutine continue à tirer les dividendes des divergences entre les pays de l’UE dans le dossier énergétique. Les niveaux toujours élevés des prix et l’incertitude sur les approvisionnements combinés à une inflation élevée s’avèrent de plus en plus des cartes solides entre les mains du président russe.
C’est dire la portée de l’effet boomerang des sanctions européennes contre la Russie, provoquant même de sérieuses fissures à la cohésion d’une union où la dépendance du gaz russe est dans de nombreux cas impossible à contourner. Et l’appel aux sacrifices lancé par la commission a été l’occasion de mettre en évidence cette vérité à travers la réaction de rejet manifestée par certains pays.
C’est le cas de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce qui ont exprimé une fin de non-recevoir à la CE, prétextant qu’ils n’étaient pas prêts à opérer une réduction de consommation de gaz au détriment de leurs populations et leurs industries.
Le gouvernement espagnol s’est dit opposé à la réduction de la consommation de gaz d’au moins 15% souhaitée par Bruxelles pour l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne, en jugeant que cette mesure n’était pas forcément «juste» ni «efficace». «L’Espagne n’appuie pas cette proposition», a déclaré lors d’une conférence de presse la ministre de la Transition écologique Teresa Ribera, en regrettant que cette mesure n’ait pas fait l’objet d’un débat préalable. «Nous allons nous opposer à l’imposition d’obligations qui sont au-dessus, en termes d’efforts, à ce qui nous correspond», a-t-elle assuré à la veille de la réunion de la CE. «Les familles espagnoles ne subiront pas de coupures de gaz ou d’électricité dans leur logement» et «l’Espagne défendra la position de l’industrie espagnole», a-t-elle promis.
Même son de cloche du côté de Lisbonne et d’Athènes.

Retour en force du charbon

Les conséquences des sanctions européennes contre la Russie ne s’arrêtent pas au seul effet déstabilisant qu’elles ont sur la cohésion de l’UE. Elles ont déjà touché à d’autres aspects dont la consommation énergétique dans le Vieux Continent qui a été remise à l’heure de la consommation du charbon. Alimentée par la guerre en Ukraine et l’explosion de la demande d’électricité, l’utilisation est même en train d’aller vers une augmentation en cette année 2022.
Les centrales électriques au charbon du monde ont produit un record de 10 244 térawattheures (TWh) en 2021, dépassant le précédent record de 10 098 TWh établi en 2018 («Bilan statistique de l’énergie mondiale», BP, juillet 2022). En revanche, la production minière était encore légèrement inférieure au record établi entre 2012 et 2014, car les générateurs au charbon plus anciens et moins efficaces ont été remplacés par des générateurs plus récents et plus efficaces nécessitant moins de carburant par kilowatt.
La production mondiale des mines de charbon était de 8 173 millions de tonnes en 2021, contre 8 180 à 8 256 millions par an entre 2012 et 2014.
Mais la production minière est également susceptible d’établir un nouveau record cette année, car la demande croissante de production au charbon dépasse les améliorations en matière d’efficacité.
Cette ascension n’est pas sans déranger les plans environnementaux des gouvernements occidentaux qui comptent sur la diminution de l’utilisation du charbon pour atteindre leurs objectifs d’émissions.
La production et l’utilisation de charbon devraient continuer à augmenter jusqu’en 2027 au moins, car la demande croissante d’électricité dépasse les améliorations de l’efficacité de la combustion et le déploiement du gaz et des énergies renouvelables comme alternatives.