La situation épidémique de l’Algérie qui maintient une courbe ascendante depuis près d’un mois a fauché plus de 2100 vies, parmi lesquelles ceux qui sont aux premiers rangs dans la lutte contre le coronavirus, les blouses blanches. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu’ils enterrent un confrère ou une consœur.

La tendance haussière de la situation épidémique due au coronavirus avec une aggravation des cas et une hausse des décès ces derniers jours inquiète de plus en plus les professionnels de la santé. Même si la hausse des cas confirmés était prévisible, selon eux, ils ne s’attendaient pas à une recrudescence d’une telle ampleur ni à un plus grand nombre de malades qui y laisseraient la vie. Ajouté à cela, il faut signaler que bon nombre parmi leurs confrères et consœurs n’ont pas échappé au maudit virus qui a fini par les emporter. Rares sont devenus les jours où il n’est pas annoncé de décès parmi les personnels de la santé, tous corps confondus. Hier encore, une femme médecin, Zoubida Zaïdi, est décédée à Sétif des suites du coronavirus. Elle était chercheuse et spécialiste en épidémiologie. Pour la seule journée de vendredi dernier, le Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha (Alger) a enregistré trois décès parmi le personnel soignant.
Pour les cinq derniers jours, il est fait état de plus d’une dizaine de perte de vies humaines dans les rangs des effectifs de la santé à travers plusieurs wilayas du pays, dont Blida, Alger, Oran, Sétif, Jijel, Tizi Ouzou et Médéa. Depuis le début de la pandémie en Algérie il y a un huit mois et demi, le corps médical et paramédical a totalisé près de 160 décès parmi les siens ainsi que plus de sept mille cas de contaminations.
A ce titre, le Pr Kamel Bouzid, chef de service oncologie au Centre Pierre et Marie-Curie du CHU Mustapha-Bacha a déjà indiqué que près de la moitié de son personnel avait contracté la maladie. Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, a, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme signalant un manque d’effectif en raison de l’atteinte d’un bon nombre parmi le personnel de coronavirus. Son équipe est «fortement diminuée», a-t-il dit, avant de lancer que «plusieurs médecins et paramédicaux sont en arrêt maladie suite à leur contamination» et qu’ils n’ont pas encore reçu de remplaçants au niveau de l’EPH de Boufarik qui connait actuellement une saturation en termes de lits d’hospitalisation. Cette carence en ressources humaines n’est pas sans influer sur le personnel qui continue d’exercer, alors qu’il n’a pas eu de répit mars dernier ni sur la prise en charge des malades.
La situation ne semble pas meilleure au CHU Mustapha-Bacha où il est également signalé un nombre important de flux de malades par jour ainsi que des services Covid affichant complet pour certains et sur le point de l’être pour d’autres.

Une bataille au quotidien
Le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales de ce CHU, décrit la situation dans laquelle se débat le personnel médical, en plus de la situation des malades qu’ils reçoivent dans ce grand hôpital de la capitale. Mais d’abord, il fera savoir qu’ils ont enregistré 11 décès vendredi dont trois parmi le personnel soignant. En termes de nombre de contaminations, cet hôpital enregistre entre 20 et 30 cas confirmés par les personnels. «La plupart des contaminations parmi les personnels de la santé sont d’ordre familial. Cela veut dire qu’on est beaucoup plus protégé à l’hôpital qu’en dehors, dans le milieu familial notamment. Mais en tant que professionnels de la santé, nous sommes convaincus qu’on sera tous contaminés : plus le virus est là, plus il y aura ce qu’on appelle une immunisation collective des personnels de la santé et, malheureusement, nous avons beaucoup de formes graves et des décès notamment pour les personnes qui ont des comorbidités», a-t-il révélé.
Tout comme l’EPH de Boufarik et d’autres hôpitaux notamment dans les grandes villes, le CHU Mustapha-Bacha reçoit un grand nombre de malades, dont de plus en plus sont admis en réanimation en raison de «la virulence du virus qui a augmenté», s’accordent à dire les professionnels de la santé. Ce qui fait craindre une sérieuse menace car le virus «touche beaucoup plus les sujets âgés» qui arrivent dans les hôpitaux avec des besoins importants en oxygène. Le Pr Belhadj a indiqué, à ce sujet, qu’ils enregistrent «une saturation des lits d’hospitalisation, notamment en réanimation, et un nombre important de décès par rapport à il y a une quinzaine de jours». Il appréhende que la surconsommation d’oxygène ne vienne à bout de la forte demande actuelle, tout en relevant que le CHU dispose de 1.005 lits qui ont des sources d’oxygène. «Nous avons atteint actuellement 300 personnes hospitalisées et tous utilisent de l’oxygène. Nous sommes en train de veiller à ce que l’approvisionnement en oxygène soit le plus régulier possible», a-t-il fait savoir.
L’appréhension au sujet du traitement des cas graves se fait également ressentir à Blida, puisque cette wilaya ne dispose que d’un seul service de réanimation d’une capacité de 45 lits au niveau du CHU de la ville, selon Dr Yousfi, et ce, même si à l’EPH de Boufarik, les cas les plus sévères sont «pris en charge et mis sous oxygène». Il reste, toutefois, que «les cas nécessitant une intubation doivent impérativement être transférés et pris en charge au niveau du CHU de Blida qui est déjà au bord de la saturation», a-t-il fait savoir.
Il est à signaler, par ailleurs, que trois pharmaciens d’officine sont morts des suites du Covid-19 ces trois derniers jours, a annoncé le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), précisant que les trois pharmacien exerçaient à Ain Touta, dans la wilaya de Batna, à Médéa et à Blida. Ainsi, la situation épidémique devient de plus en plus compliquée pour tout le monde : personnel soignant, population et autorités sanitaires. Pourtant, les mises en garde contre la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays n’ont pas manqué, de toute part. Aujourd’hui, le personnel médical, qui n’arrête pas d’alerter tous les jours sur sa détresse et d’avouer ouvertement son épuisement, ne cesse pas non plus de dire tout son malaise devant les comportements d’indifférence ou de déni dont fait preuve une partie de la population. Certains d’entre eux vont jusqu’à dire que des mesures plus drastiques devraient être prises si la hausse des cas confirmés, des cas graves et des décès se poursuit. En d’autres termes, des mesures de confinement similaires à celles du début de l’épidémie seraient hautement recommandées.<