C’est un constat bien préoccupant que dresse la Banque mondiale des perspectives de croissance dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena). Entre pandémie de la Covid-19, effondrement des cours pétroliers, arrêt de l’activité touristique et baisse des envois de fonds, la situation économique dans les pays du Mena incite la Banque mondiale à prévoir des chiffres à la baisse sur toute la ligne, avec une croissance économique qui devrait se tasser à 4,2% en 2020, après s’être contractée de 0,2% l’année dernière.
Comptant de nombreux pays, dont les équilibres financiers restent fortement dépendants de leurs exportations pétrolières, cette région devrait connaître un fort recul de sa production économique, soit 5% pour les pays en développement exportateurs de brut, et 4,1% pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), fait savoir l’institution de Bretton Woods dans son dernier rapport, consacré aux perspectives de croissance économique. Quant aux pays du Mena importateurs de pétrole, leur croissance devrait afficher un repli de 0,8% en 2020, est-il prévu.

Chômage en hausse
Côté chômage, le taux devrait augmenter dans cette région dont les deux tiers ont moins de 35 ans, indique encore la même source. La situation sur ce registre devrait s’aggraver, alors qu’elle était déjà assez préoccupante avant l’apparition de la pandémie, touchant 25% de la population jeune. C’est dire à quel point est en train de s’aggraver la situation pour une population, dont 42% disposent de moins de moins de 5,50 dollars par jour pour vivre. L’extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour pour vivre) a doublé, passant de 2,4 % en 2011 à 4,2 % en 2015 en raison des conflits et des inégalités d’accès à l’éducation et aux infrastructures de base, et « la tendance devrait s’aggraver sous l’effet de la Covid-19 », alerte la Banque mondiale.
Par ailleurs, les coûts anticipés de la pandémie s’élèvent à environ 3,7 % du PIB 2019 de la région, soit largement plus de 100 milliards de dollars.
Plusieurs pays du Mena ne disposent pas de ressources suffisantes pour atténuer les effets de la Covid-19 et ont dû recourir à des prêts sous la coupe de la Banque mondiale. Les montants approuvés à ce sujet ont atteint 3,6 milliards au titre de 22 opérations, dont 3,4 milliards de dollars d’engagements de la BIRD et 3 millions de dollars d’engagements de l’IDA. « A ces montants s’ajoutent 103 millions de dollars alloués à des projets en faveur de la Cisjordanie et Ghaza », précise le rapport.
Affichant sa disponibilité à soutenir et assister les plus mis en grandes difficultés par la pandémie, la Banque mondiale ne manque pas pour autant d’apporter « un soutien régulier au processus de réforme dans les pays du CCG », explique-t-elle. « Nous aidons les pays de la région à stabiliser leurs économies face aux multiples chocs provoqués par la Covid-19, l’effondrement des cours pétroliers mondiaux et le ralentissement de l’activité économique locale. En parallèle, nous restons déterminés à les accompagner dans la transformation de leurs modèles de croissance grâce à des réformes structurelles visant à ouvrir les marchés et à créer davantage de meilleures opportunités économiques pour l’immense population de jeunes de la région », rappelle-t-elle en ce sens, précisant que sa démarche consiste à aider les pays à mobiliser le capital humain, à exploiter les technologies numériques et à créer des marchés compétitifs ».

Faible commerce intra-régional
L’institution bancaire évoque également le grand retard qu’accuse la région Mena en matière d’échanges commerciaux entre les pays qui la composent. Sur ce registre, elle reste « la moins intégrée du monde sur le plan économique, le commerce intra-régional n’y représentant que 10% du total des échanges », est-il mentionné sur le rapport. Pour remédier à la situation, « la Banque aide à développer les marchés régionaux en mettant à contribution les ressources, la main-d’oeuvre et le capital de la région », écrit-elle sur le même document. « Avec l’appui du Groupe de coordination des institutions arabes d’aide au développement (Arab Coordination Group) et d’autres partenaires, nous contribuons à la mise en place d’un marché régional de l’énergie ; la première phase est le marché panarabe de l’électricité, qui vise à raccorder les réseaux électriques des pays. Une fois totalement interconnecté et développé, ce marché régional de l’énergie serait le deuxième en taille après celui de l’Europe. Nous élargissons également la coopération régionale et encourageons l’intégration économique dans le cadre de l’Initiative pour la Corne de l’Afrique, qui est actuellement présidée par Djibouti et comprend aussi l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie », détaille-t-elle. n