Par Khaled Remouche
Plusieurs contraintes au développement des exportations hors hydrocarbures persistent. Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), a de nouveau affiché son mécontentement devant la persistance des verrous à l’exportation, en dépit des directives du chef de l’Etat, en août dernier, en faveur de la promotion des ventes à l’étranger hors hydrocarbures. Alors que l’objectif fixé par le Président de la République est d’atteindre la barre des cinq milliards de dollars en 2021, l’invité hier de la Chaîne III de la radio nationale, a soutenu que le processus de développement des exportations hors hydrocarbures n’a pas avancé. Le Président de la République, le 18 août dernier, a donné des directives et des orientations pour encourager les exportations hors hydrocarbures, mais elles ne sont pas traduites sur le terrain», a-t-il constaté. Ce processus est au «point mort du point de vue de la réglementation des changes». En ce sens, il n’a pas manqué d’afficher ses griefs à l’égard de la Banque d’Algérie, en matière de révision de la réglementation des changes. Il a argué que les exportateurs citent à l’unanimité la réglementation des changes comme principal obstacle au développement des exportations hors hydrocarbures. Il a d’abord sur ce point indiqué que l’Anexal est membre de la commission qui a travaillé sur la stratégie d’exportations hors hydrocarbures en voie de finalisation. L’Anexal a soumis ses propositions en matière de révision de la réglementation des changes. «Nous avons eu des échos défavorables.» Allusion sans doute à la réaction de la Banque d’Algérie. Il faudra lever les verrous, à savoir la réglementation 14-04 des changes qui remonte à 2007, il y a 14 ans. Elle n’est pas en phase avec ce qui devrait l’être actuellement. Elle interdit, en premier lieu, l’investissement et la création de bureaux de représentation à l’étranger. Alors que l’investissement à l’étranger est le moteur du développement de nombreux pays, à l’instar de la Chine. Elle ne permet pas l’utilisation des comptes devises, des comptes de fonctionnement devises, à la discrétion des exportateurs. L’Anexal a demandé, en second lieu, l’amendement de l’ordonnance 96-22 qui est à la source de la poursuite judiciaire d’exportateurs pour insuffisance de rapatriement de seulement 2 000 à 4 000 dollars. Elle propose la dépénalisation de l’acte d’exportation. Concernant les délais de rapatriement de devises, ils sont fixés à 360 jours, la Banque d’Algérie peut déroger, mais souvent, elle ne répond pas aux demandes. Quand elle répond, c’est négatif à 99%. Le problème de l’Algérie est la vitesse et l’action, a-t-il affirmé. «Nous sommes très forts dans la communication, mais très faibles dans l’action.»
Le président de l’Anexal finit par tirer à boulets rouges sur le Gouverneur de la Banque d’Algérie. «Il y a une note récente de la Banque centrale qui rétrocède à 100% les devises, mais pour l’importation de matières premières. Quelle quote-part sera attribuée à ceux qui exportent à 100% ? C’est-à-dire qui n’importent pas de matières premières et qui constituent la plus grande partie des exportateurs. Ils auront combien, 20%, 30% ? Ce n’est pas précisé, laisse-t-il entendre. Ali Bey Nasri rapporte que le Gouverneur de la Banque d’Algérie a déclaré, lors d’une rencontre avec des exportateurs, «il faut être patriote». Pour le président de l’Anexal, le développement des exportations n’a rien à voir avec le patriotisme. C’est un acte économique. Ali Bey Nasri ira jusqu’à soutenir que l’une des missions de la Banque centrale devrait être le développement des exportations. «Je milite pour que cela soit inscrit dans ses missions.» Façon de souligner que la Banque d’Algérie a un rôle important à jouer dans ce processus de développement de ces ventes, en révisant de façon adéquate la réglementation des changes, en étant à l’écoute des exportateurs et en leur accordant toutes les facilitations en matière de change pour pouvoir accroître les exportations.
Freiner la fonte des réserves de change
Il a argué en ce sens que les réserves de change ont fondu de 132 milliards de dollars en six ans. En boostant les exportations hors hydrocarbures à travers la levée des verrous qui entravent ces exportations, cette fonte des réserves pourrait être freinée.
Finalement, avec tous ces verrous qui demeurent, il est clair qu’il sera difficile d’atteindre la barre des cinq milliards de dollars. Des exportateurs ont averti que si d’ici fin mars, la stratégie de développement des exportations hors hydrocarbures n’est pas mise en oeuvre, il faudra dire «adieu aux 5 milliards de dollars visés en 2021».