Des milliers de personnes ont manifesté jeudi dernier à Lima contre la grâce accordée à l’ancien président péruvien Alberto Fujimori par le président actuel Pedro Pablo Kuczynski, qui a été interrogé par la justice sur des soupçons de corruption.

Les deux affaires, qui placent le dirigeant de centre droit dans une situation délicate, sont directement imbriquées. D’une part, c’est parce qu’Odebrecht, géant du BTP brésilien, a contredit le président en admettant avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil liées à M. Kuczynski, alors ministre, entre 2004 et 2013, que l’opposition a lancé une procédure de destitution au Parlement. D’autre part, seulement trois jours plus tard, le président Kuczynski, 79 ans, a accordé une grâce à M. Fujimori, qui purgeait une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption. Cette décision a provoqué une crise politique. Les familles des victimes du gouvernement de M. Fujimori y voient une «trahison» de la part de M. Kuczynski, qui s’était engagé durant sa campagne électorale de 2016 à ne pas libérer M. Fujimori, âgé lui aussi de 79 ans.
Environ 5 000 personnes qui reprochent à «PPK» d’avoir ainsi négocié sa survie à la tête de l’Etat ont défilé jeudi à Lima avec pour mot d’ordre «Le pardon est une insulte», selon les estimations de chaînes de télévision. Après presque quatre heures, la marche des opposants à M. Fujimori s’est terminée par un rituel inca face au Palais de Justice. Des centaines de manifestants ont ensuite tenté de se rendre dans le quartier très touristique de Miraflores, au sud de Lima, avant d’être dispersés avec des gaz lacrymogènes. D’autres manifestations contre le «pardon» se sont déroulées dans d’autres villes du Pérou, selon les médias péruviens.