Au moins 17 personnes sont mortes lundi à Juliaca, dans le sud du Pérou, lors d’affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants réclamant le départ de la présidente Dina Boluarte, selon le Défenseur du peuple (médiateur local).

Par Carlos MANDUJANO
«Nous avons confirmé 17 décès aujourd’hui à Puno lors d’affrontements avec les forces de l’ordre dans les environs de l’aéroport de Juliaca», dans la région aymara (peuple amérindien) de Puno, a déclaré à l’AFP une source du bureau du médiateur, faisant également état de plus d’une trentaine de blessés. Les victimes présentent des blessures par balle, a déclaré un responsable de l’hôpital Carlos Monge de Juliaca où elles ont été emmenées. Les affrontements ont éclaté alors que les manifestants tentaient d’envahir l’aéroport de Juliaca, situé à environ 1.300 km au sud de Lima, dans la région de Puno. Cet aéroport avait déjà fait l’objet d’une tentative d’assaut samedi. «Aujourd’hui, plus de 9.000 personnes se sont approchées de l’aéroport de Juliaca et environ 2.000 d’entre elles ont lancé une attaque sans merci contre la police et les installations, utilisant des armes improvisées», a déclaré à la presse le président du Conseil des ministres péruvien Alberto Otarola, évoquant une «situation extrême».
«Le peuple ne t’aime pas !»
«Messieurs les policiers nous ont tiré dessus», a raconté à l’AFP un manifestant. «Nous demandons à Madame Dina qu’elle démissionne. Accepte le fait que le peuple ne t’aime pas!» a-t-il lancé. «Ce qui se déroule est un massacre entre Péruviens, je demande le calme, ne vous exposez pas», s’est exclamé le maire de Juliaca, Oscar Caceres, dans un appel passé à la population sur la radio locale La Decana. Ces nouveaux décès portent à 39 personnes le nombre de personnes mortes au cours des manifestations antigouvernementales en près d’un mois de protestations au Pérou, pays plongé dans une grave crise institutionnelle et politique. Les manifestants réclament la démission de Dina Boluarte, arrivée à la tête du pays après la destitution en décembre du socialiste Pedro Castillo. Ils exigent aussi un nouveau Parlement et la tenue immédiate d’élections, déjà avancées de 2026 à avril 2024. La région de Puno, frontalière avec la Bolivie, est l’épicentre des protestations dans le pays. Une grève illimitée y a lieu depuis le 4 janvier. Il s’agit également du point de départ d’une marche organisée par plusieurs collectifs de citoyens et de paysans, dont l’arrivée dans la capitale Lima est prévue aux environs du 12 janvier. Les manifestations ont commencé après la destitution par le Parlement puis l’arrestation le 7 décembre de M. Castillo, à la suite de sa tentative de dissolution du Parlement, qualifiée de «coup d’Etat» par ses adversaires politiques. Lundi, le Pérou a interdit l’entrée sur son territoire à l’ancien président bolivien Evo Morales pour son «intervention» dans les affaires politiques internes du pays. L’ancien président bolivien a été actif dans la politique péruvienne depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Castillo, en juillet 2021, et jusqu’à son éviction le 7 décembre. Depuis, M. Morales a exprimé son soutien aux manifestations réclamant le départ de Dina Boluarte, et notamment à celles qui ont lieu dans la région de Puno, qu’il a visitée en novembre dernier. La droite péruvienne l’accuse de pousser le sud du pays à faire sécession pour se faire annexer par la Bolivie. Dina Boluarte est la sixième personne à occuper la présidence en cinq ans, dans un pays qui connaît une crise politique permanente émaillée de soupçons de corruption. (Source AFP)