Le mouvement de contestation contre la nouvelle présidente Dina Boluarte s’est poursuivi hier mardi au Pérou où il a déjà fait sept morts, malgré une proposition d’élections anticipées. Des syndicats agraires et organisations sociales paysannes et indigènes ont appelé durant la même journée à une « grève illimitée ». Outre la « libération immédiate » de l’ex-président de gauche Pedro Castillo, ils réclament la dissolution du Parlement, des élections anticipées et une nouvelle Constitution, selon un communiqué du collectif Front agraire et rural du Pérou qui rassemble une douzaine d’organisations. Cinq personnes ont été tuées lundi, dont quatre à Chincheros et Andahuaylas, dans la région d’Apurimac (Sud). Deux manifestants étaient déjà morts dimanche dans cette région, lieu de naissance de la nouvelle présidente. L’autre décès de lundi est survenu à Arequipa (Sud), la deuxième ville du Pérou, lorsque la police est intervenue pour chasser de l’aéroport des centaines de manifestants qui avaient installé des barricades en feu sur la piste, selon un photographe de l’AFP sur place. Il a fallu trois heures à la police pour reprendre le contrôle de la piste. Des dizaines de passagers étaient bloqués dans l’aéroport à l’arrêt. Parmi ces sept victimes figurent trois adolescents de 15 et 16 ans.

Etat d’urgence
Mme Boluarte –qui était vice-présidente jusqu’à son investiture le 7 décembre après la destitution de M. Castillo–, avait tenté de faire baisser la pression en annonçant dans la nuit de dimanche à lundi qu’elle allait négocier « un accord (…) pour avancer les élections générales à avril 2024 », au lieu de 2026. Samedi, la nouvelle présidente avait formé un gouvernement au profil indépendant et technique, avec un ancien procureur, Pedro Angulo, comme Premier ministre. Mais cela n’avait pas apaisé les tensions. Le gouvernement a déclaré lundi l’état d’urgence pour 60 jours dans sept provinces de la région d’Abancay (Sud). Les 26 préfets régionaux, nommés par le gouvernement de M. Castillo, ont été relevés lundi de leurs fonctions au motif qu’ils « incitaient à manifester ». Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’est dit « préoccupé par le fait que la situation pourrait s’aggraver davantage » et appelle « toutes les personnes concernées à faire preuve de retenue ». Et les gouvernements de gauche du Mexique, de l’Argentine, de la Colombie et de la Bolivie ont apporté leur soutien au président déchu, estimant qu’il avait été victime depuis le début de son mandat en 2021 d’un mouvement « hostile et anti-démocratique ». Les troubles se sont multipliés au cours du week-end, notamment dans le Nord du pays et les régions le long de la Cordillère des Andes. Lundi, à Arequipa, outre l’aéroport, les manifestants ont occupé l’usine de lait Gloria, l’une des plus grandes du pays, selon des images télévisées. A Lima, des centaines de manifestants qui tentaient de se rendre au Parlement ont été dispersés par la police avec des gaz lacrymogènes. Les autorités aéroportuaires ont fermé durant la nuit de lundi à mardi l’aéroport international Alejandro Velasco Astete à Cuzco (Sud-Est) en raison de la présence de manifestants qui tentaient de faire intrusion dans les lieux. En raison d’appels à manifester, le transport par voie ferré entre Cuzco et la citadelle inca du Machu Picchu, joyau touristique du Pérou, est suspendu mardi, a annoncé l’opérateur.

« Prisonnier politique »
A Lima, les avocats de M. Castillo ont pu s’entretenir avec leur client dans sa prison en périphérie Est de la capitale avant l’audience en appel mardi matin. Son avocat principal, Me Ronald Atencio, a dit espérer la « libération immédiate » de son client, arrêté mercredi et en détention provisoire depuis jeudi pour sept jours. « La position du président, c’est qu’il est un prisonnier politique », a-t-il ajouté devant la presse, assurant que le « président n’était pas bien » et avait demandé « l’intervention de la Croix rouge ». Toutefois, plusieurs proches de M. Castillo se sont montrés rassurants sur son état de santé. Le 7 décembre, le président de gauche âgé de 53 ans avait ordonné la dissolution du Parlement, quelques heures avant que celui-ci ne se réunisse pour débattre d’une procédure de destitution à son encontre, la troisième depuis son accession au pouvoir en juillet 2021. Mais l’armée péruvienne, autrefois impliquée dans des coups d’Etat ou ayant soutenu des régimes autoritaires, n’a pas bronché. Le Parlement a peu après voté, à une large majorité, sa destitution pour « incapacité morale ». Pedro Castillo a été arrêté quelques heures plus tard par son garde du corps alors qu’il se rendait à l’ambassade du Mexique pour demander l’asile politique. Il est poursuivi par le Parquet pour « rébellion » et « conspiration ».
Source AFP