A peine installé, il y a de cela deux semaines, le nouveau gouvernement se voit déjà confronté à plusieurs urgences d’ordre social, dont la montée des manifestations contre les pénuries d’eau et la hausse du taux de chômage et de l’inflation qui entrainent mécaniquement une érosion accélérée du pouvoir d’achat des ménages, notamment les plus fragiles, dont une part de 40% des salaires est injectée dans les dépenses alimentaires, alors que l’indice ONS des prix des produits alimentaires connait une variation haussière de plus de 6%. Face à ces voyants qui virent au rouge, le nouvel Exécutif est tenu d’agir pour éteindre les foyers de tension sociale qui se font sentir çà et là; à Alger contre les pénuries d’eau et au sud contre la montée du chômage.

Para Hakim Ould Mohamed
Malgré la hausse des dépenses injectées dans les transferts sociaux au titre de l’exercice actuel, censées protéger les ménages démunis, la précarité augmente dans le sillage de la vague pandémique qui a submergé de nombreux secteurs d’activité depuis le début de 2020. La Banque centrale a sorti un carnet de chèques de 2 100 milliards de dinars pour un plan de financement, destiné à faire repartir la croissance et à débloquer le crédit en faveur des entreprises.
La crise sanitaire et économique a fait grimper le taux de chômage et érodé davantage le pouvoir d’achat des ménages malgré la hausse des transferts sociaux et les mesures bancaires et fiscales déployées courant 2020 pour préserver les emplois. A la hausse du taux de chômage, de l’inflation et à l’érosion du pouvoir d’achat est venu s’ajouter un nouveau foyer de tension, les pénuries d’eau qui, elles, sont liées à la faible pluviométrie qui a caractérisé l’hiver de cette année. Selon une source de la Société des eaux et d’assainissement d’Alger (Seaal), la mobilisation des ressources hydriques pour l’alimentation en eau potable connaît un déficit de 60%, se rapportant essentiellement aux eaux de surface, à savoir l’eau des barrages. Le gouvernement doit combler ce déficit en rationnant l’eau et en alimentant les quartiers et les villes suivant un agenda journalier et hebdomadaire. Sauf que cette manière de faire a suscité le courroux des habitants dans plusieurs quartiers qui n’ont pas hésité, tout au long du week-end, à recourir aux manifestations et au blocage des axes routiers. Ces manifestations ont replacé la mobilisation des ressources hydriques au point culminant de la pyramide des urgences sociales qui s’offrent au nouveau gouvernement.
Pour relever ce défi, le chef de l’Etat a fait appel dans la composition de son nouveau gouvernement à un homme du secteur en la personne de Karim Hasni, qui était successivement Directeur général de l’Office national d’assainissement, Directeur de l’Agence nationale des ressources hydriques et membre du conseil d’administration de la Seaal. Les défis que doit relever le nouveau ministre des Ressources en eau sont titanesques. Bien que le programme qui consiste à muscler la capacité de production des stations de dessalement avec, comme projet, la construction de nouvelles à Alger et Boumerdès et la réhabilitation d’autres, ne relèvent pas de sa compétence directe. Mais il est à la manœuvre en ce qui concerne la gestion et la mobilisation des ressources hydriques au profit des populations. Le besoin de mobilisation des ressources est d’autant plus pressant qu’il faille faire preuve d’ingéniosité pour couvrir un déficit de 60%, en attendant l’apport des nouvelles stations de dessalement qui, selon les prévisions, devraient commencer à produire dès le mois d’août. C’est une véritable course contre la montre qu’engage le gouvernement de substituer les eaux de surface par le dessalement.
Sur un autre front, le nouvel Exécutif doit surveiller de plus près le fonctionnement de la courroie de transmission de ses mesures monétaires au profit des entreprises et de la croissance. Les précédentes mesures ont eu un impact limité sur les entreprises, étant donné leur faible concrétisation, de l’avis même du CNESE qui, dans une enquête, a donné l’alerte au gouvernement sur une maigre concrétisation des mesures bancaires et fiscales prises courant 2020 au profit des entreprises. Sous pression, le nouveau gouvernement a fait valider par la Banque centrale un nouveau plan de refinancement, d’une durée d’une année, qui consiste à mettre à la disposition des banques commerciales un cash-flow de 2 100 milliards de dinars. Ces ressources sont destinées à débloquer l’activité crédit au sein de banques, à financer les entreprises et le retour de la croissance. Mais l’Exécutif devrait calmer déjà les ardeurs des chômeurs et des populations sans eau potable, en attendant que la courroie de transmission des ses nouvelles mesures commence à tourner. Les urgences sociales sont là et ne peuvent être remises à plus tard.
Avec la recrudescence des cas de contamination à la Covid-19 pointe, à l’horizon, les risques d’un nouveau tour de vis sanitaire, alors que les conséquences sur le précédent plan de lutte contre la propagation de la pandémie ne cessent de faire des victimes parmi les entreprises, les travailleurs et les ménages.