Par Bouzid Chalabi
La commission d’enquête parlementaire sur la pénurie d’huile de table et de lait conditionné, installée tout récemment par le président du Conseil de la nation Salah Goudjil, est à pied d’œuvre sur le terrain depuis samedi dernier. Première wilaya visée par les membres de cette commission, Sétif et Oum El Bouaghi, en attendant l’inspection d’autres wilayas qui, semble-t-il, sont les plus affectées par la rareté des produits susmentionnés.
L’initiative est certes louable, mais encore faut-il que les membres de la commission puissent passer au peigne fin tout le circuit d’amont en aval. Autrement dit, de se rapprocher des usines et suivre le cheminement de leur production jusqu’au stade final, les étals des commerces de détail. Un travail d’investigation sur lequel aucun détail ne doit échapper afin de découvrir les tenants et les aboutissants qui sont à l’origine de la pénurie d’huile de table notamment, car c’est dans cette denrée que les choses sont complexes, contrairement à la problématique de la rareté du lait UHT et produits laitiers, dont la cause majeure serait facile à déceler par la commission parlementaire, étant donné que les usines sont à l’arrêt par manque de matière première, à savoir la poudre de lait, conséquemment à la décision du ministère de tutelle de geler les dérogations sanitaires des importations depuis le mois de septembre 2021. Ce n’est que tout dernièrement que cette mesure a été levée, et un retour à la normale ne va donc pas tarder sur les étals des points de vente. Pour l’huile de table, le diagnostic sur sa situation dans le marché local, que seront appelés à établir les membres de ladite commission, n’est pas une mince affaire. Des sources concordantes nous apprennent que l’expertise doit se focaliser à deux niveaux, les usines de production et la vente en gros.
A propos des usines, ce n’est pas l’offre de ces dernières qui est mise en cause, loin de là, car les capacités de production des quatre usines sont estimées à 2 000 tonnes/jour, alors que les besoins nationaux s’élèvent à 1 600 tonnes par jour. Pour pouvoir bénéficier d’indemnisation dans la perte générée entre le coût de revient à la production et le prix de vente, sortie d’usine, qui leur sont imposées, elles doivent fournir des factures. Et c’est là que le bât blesse.
En effet, étant donné que les prix à la consommation de l’huile de table sont plafonnés par les pouvoirs publics, les dépositaires font face à des méventes depuis la hausse de la taxe sur la valeur ajoutée, poussant ainsi les grossistes à bouder le commerce de l’huile de table vu que leur marge est devenue insignifiante. Comme nous l’a expliqué le président du Comité des grossistes de Oued Smar, Walid Messaoud, approché hier par Reporters. Ce dernier nous avoue que dans sa corporation rares sont ceux qui s’adonnent encore au commerce de l’huile de table. Non sans indiquer que «même nos clients détaillants tournent le dos à l’huile depuis que la facturation leur est imposée». Pour ce dernier, «le plafonnement des prix et la taxe ont rendu cette activité impossible à maintenir ». Il estime par ailleurs que «le législateur doit trouver un mécanisme qui nous assure un bénéfice convenable sans pénaliser le consommateur». Il faut dire dans la foulée que si les grossistes se sont vus contraints de réduire leur commerce sur l’huile pour les raisons citées ci-dessus, de même pour les détaillants, en ce qui concerne les dépositaires «ils arrivent à s’en tirer. C’est d’ailleurs facile à comprendre. C’est dans les grosses quantités vendues qu’ils peuvent réaliser des bénéfices», nous a confié le président dudit comité. Ce dernier est revenu sur le paradoxe du surplus de l’offre des usines par rapport aux besoins de consommation (voir chiffres ci-dessus), alors que sur les étals, point d’huile. «Cela s’explique facilement. L’huile étant subventionnée, elle prend vite le chemin de la contrebande», chose que va devoir vérifier la commission, et si tel est le cas.
Pour l’heure, il s’agit de savoir si la commission va arriver à tirer des conclusions dans le court terme. C’est d’autant plus souhaité par les citoyens car impatients à ce que ces récurrentes pénuries cessent une fois pour toute.