La rupture ou non de certains médicaments dans les officines s’est transformée, ces derniers temps, en un véritable feuilleton sans fin. Alors que les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme, le ministère de la Santé vient encore une fois démentir. Les deux camps se rejettent à la balle. Alors, la pénurie est-elle réelle ou supposée ?

A cette question, la conseillère du ministre de la Santé de la population et de la Réforme hospitalière, Mme Badra Benkedadra, qui intervenait hier sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, s’est montrée catégorique. «Il n’y a absolument pas de rupture d’approvisionnement de médicaments comme il est rapporté par des citoyens et des professionnels, relayés par les médias», a-t-elle, en effet, laissé entendre. La représentante du département de la Santé vient ainsi réagir aux mises en garde de la Fédération algérienne de médicaments (FAM), qui révélait, mercredi dernier lors d’une conférence de presse à Alger, la rupture de quelque 200 médicaments vitaux. «Pas moins de 200 dénominations communes internationales (DCI) font défaut sur le marché et les professionnels du secteur n’arrivent plus à trouver ces médicaments pour répondre aux besoins de leurs patients», avait, en effet, expliqué Abdelouhed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop). «Je ne sais rien de cette rumeur infondée. Je suis étonnée que ce soit le producteur qui l’annonce», a-t-elle ajouté pour étayer ses dires. «L’annonce des fabricants faisant état d’une rupture de certains traitements, à partir du mois d’avril, ne tient pas la route dès lors que les programmes d’approvisionnement pour 2017 ont déjà été délivrés à ces derniers», a enchaîné Mme Benkedadra. Sûre de ses propos, elle a relevé dans ce contexte que le cahier des charges relatif à l’importation des produits pharmaceutiques stipule «clairement» que ces opérateurs doivent détenir des «stocks de sécurité» couvrant une période de six mois.«Donc, à supposer que le ministère de la Santé ait tardé à délivrer ces programmes, les opérateurs sont donc censés s’approvisionner», a-t-elle argumenté. Reconnaissant à demi-mot qu’il puisse exister des «tensions» sur certains traitements, la même responsable a estimé qu’il est possible à un malade n’ayant pas trouvé le médicament recherché dans une officine de pouvoir se le procurer dans une seconde. «Au moment, où le ministère de la Santé met en œuvre des mécanismes visant à substituer les importations de médicaments par une production nationale, voilà que c’est le producteur lui-même qui vient m’annoncer une rupture. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond», a-t-elle encore affirmé. Et de s’interroger : «En décidant de produire localement nos produits pharmaceutiques, nous sommes-nous trompé de politique ? Avons-nous fait un mauvais choix ?» Revenant sur ces annonces, qu’elle rejette fermement, elle a observé qu’elles confortent la position du ministère de la Santé de réviser le processus d’approvisionnement des traitements médicaux. Celui-ci, a-t-elle précisé, «va être revu dans toute sa composante de l’importation du médicament à sa distribution au détail». «Le nouveau dispositif, déjà entamé, va de plus révéler parmi les opérateurs de la filière médicaments lequel possède les capacités avérées d’en être producteur», selon elle.
Affirmant un peu plus loin qu’il est «utile» de relever que ce ne sont certainement pas les producteurs qu’elle citait auparavant, qui posent problème, pointant du doigt, sans les citer nommément, vers les importateurs qui «nous annoncent une rupture des approvisionnements à partir du mois d’avril». Ce n’est pas la première fois que le département d’Abdelmalek Boudiaf nie l’existence d’une quelconque rupture quelle que soit sa nature. «Il y a des parties connues qui veulent provoquer une pénurie de médicaments et l’exploiter pour des raisons électorales», affirmait le ministre jeudi dernier à l’APN.

Beaucoup réagissent et démentent
La dénégation de Mme Badra Benkedadra, conseillère au ministère de la Santé, au sujet des informations faisant état d’une pénurie de médicaments, les qualifiant de «rumeur infondée», a fait réagir beaucoup d’internautes sur la page Facebook de l’émission «l’Invité de la rédaction» de la Chaîne III.
De simples citoyens et même des pharmaciens ont, en effet, posté des commentaires qui contredisent les affirmations de la représentante du ministère de la Santé. Un certain nombre d’entre eux a fait part de la difficulté à trouver de la vitamine B12 dans les pharmacies. «J’ai dû faire appel à un hôpital militaire pour me procurer une boîte», assure un intervenant.
Appelant à ne pas mettre «le médicament et la banane dans le même panier». Une internaute, se présentant comme pharmacienne d’officine, affirme n’être pas en mesure de «donner suite aux ordonnances qui lui sont présentées», en citant, elle aussi, la vitamine B12 ainsi qu’un traitement dénommé Permixon. Elle a également fait part des médicaments Ursolvant et Polygynax. Assurant qu’ils «ne sont pas disponibles sur le territoire national», un autre internaute s’est plaint, pour sa part, d’être contraint de les faire ramener de l’étranger. Une autre personne s’est lamentée d’avoir l’extrême difficulté à trouver du Sintrom, un traitement, dit-elle, que son papa cardiaque doit prendre quotidiennement et, affirme-t-elle, qu’«on ne trouve pas».
«J’ai dû ramener de France trois boîtes d’Atepadène, que j’ai payé 25 euros la boîte», a déclaré un autre, signalant que les multiples pharmaciens auxquels il s’était adressé lui avaient affirmé que «500 références étaient en rupture de stock». Démentant Mme Benkedadra, à propos d’un médicament qu’elle ne cite pas, une dame se disant pharmacienne écrit sèchement qu’«on n’en trouve pas chez les grossistes». Un praticien a cité, de son côté, l’indisponibilité sur le marché d’Ursolvan et de l’Avlocardyl 160, des médicaments «qui représentent 50% de mes prescriptions». Et d’ajouter que «mes malades et moi sommes désemparés». Un autre dit ne pas comprendre que le Décinole injectable ne soit pas disponible alors que les médecins continuent «à le prescrire dans les ordonnances».
Remonté, un autre écrit : «C’est nous les fautifs, nous n’avons pas à être malades» !