Les enfants malades du cancer ont mal deux fois : à leurs corps frêles et au manque de médicaments nécessaires à leurs soins. Une douleur et une double peine qu’ils endurent dans des structures sanitaires souvent dépassées. Une situation insupportable que dénonce le professeur Kamel Bouzid, oncologue et chef du centre Pierre-et-Marie Curie (CPMC) de l’hôpital Mustapha d’Alger.

Par Feriel Nourine
Les sorties médiatiques, ou sur les réseaux sociaux, du Professeur Kamel Bouzid se suivent et se ressemblent. Et si elles se ressemblent, c’est parce que la situation à laquelle se heurtent les malades atteints de cancer reste toujours dramatique au niveau des structures sanitaires spécialisées du pays, poussant le chef de service d’oncologie au Centre Pierre-et-Marie-Curie (CPMC) de l’hôpital Mustapha-Bacha et président de la Société algérienne d’oncologie médicale (SAOM) à reproduire le même constat d’échec et à réitérer ses appels aux autorités concernées pour une prise en charge à la mesure des besoins réels de ces patients.
Quant aux coups de gueule du Pr Bouzid, ils ne se comptent plus et se mêlent à des cris de détresse que cet habitué aux souffrances des cancéreux tente de dissimuler dans cette méthode qui lui est propre de poser les problèmes et d’interpeller les décideurs. A l’exemple de ce qu’il vient de faire, une énième fois, dans une intervention sur les réseaux sociaux pour rappeler que la rupture des médicaments se pose toujours douloureusement, voire mortellement, pour les malades qui vont chercher remède au niveau du CPMC ou dans d’autres centres anticancer.
Soulignant d’emblée que «la pandémie de Covid-19 a nettement aggravé les conditions de prise en charge des malades atteints de cancer» dans tous les centres spécialisés du pays, le chef du CPMC ne manque pas pour autant de s’interroger sur cette rupture de médicaments de base qui sévit. «Pourquoi y a-t-il cette rupture itérative de médicaments de base ?», a-t-il encore demandé et demande depuis longtemps sans accepter de se satisfaire des réponses qu’on lui propose. Les choses se sont même «aggravées sur tout le territoire national, notamment à Alger, Tlemcen, Annaba et Oran», avait-il prévenu et dénoncé dans un entretien accordé à Reporters en juin dernier.
Le président de la SAOM trouve cette rupture de médicament inacceptable, notamment pour les enfants atteints de cancer qui «guérissent souvent de leur maladie», insiste-t-il, précisant, cependant, que la guérison à de fortes chances de se produire «s’il y a le médicament qu’il faut au moment où il faut». Or, poursuit-il, «on ramène souvent le médicament sans son antidote», expliquant que cet antidote est «nécessaire» et que sans sa présence le médicament en question devient «inutilisable». Sur ce registre précis, il met à jour l’appel lancé il y a quelques mois aux autorités sanitaires par le professeur Houda Boudiaf, chef du service oncologie-pédiatrie à Mustapha-Bacha, et qui reste à ce jour sans réponse. Pour preuve, Pr Boudiaf est revenu à la charge il y a deux jours pour lancer un nouveau cri de détresse. «Je lance un appel de détresse. Nous avons hospitalisé dernièrement plusieurs enfants leucémiques malgré la surcharge. Malheureusement, la vincristine et l’Asparaginase sont en rupture. Je suis désemparée. Aidez-nous à diffuser l’information. Partagez s’il vous plaît !», a-t-elle posté sur sa page Facebook, dans l’espoir que ce nouveau cri d’un spécialiste en oncologie-pédiatrie soit, enfin, entendu.
De son côté, Pr Bouzid a également remis sur la table des préoccupations la prise en charge des malades en matière de radiothérapie, dont le matériel se trouve dans un état «calamiteux», a-t-il regretté. Il précisera qu’il fait référence au service public, citant le cas des centres anticancer à Alger, Blida, Draâ Ben Khedda, Tlemcen ou encore Sidi Bel-Abbès, où «les appareils sont en panne», a-t-il insisté, non sans afficher son incompréhension quand il constate que les choses évoluent autrement dans le secteur privé. «Comme par hasard, ça fonctionne bien dans le secteur privé», lance-t-il soupçonneux. «J’ai saisi les autorités il y a trois semaines. On nous a promis un tas de choses que je n’ai pas vu à ce jour», dira l’intervenant pour conclure sa nouvelle sortie sur les réseaux sociaux. La prochaine sera-t-elle porteuse de bonnes nouvelles ? C’est tout le mal qu’on souhaite aux malades de cancer, en attendant que la nouvelle feuille de route sanitaire, bientôt en vigueur après le débat du «Plan d’action» du gouvernement à l’APN, ne reste pas exemplaire uniquement sur le papier.