Le manque de ces produits de large consommation paraît être provoqué en partie par l’effet boomerang de la décision, aujourd’hui levée, du département du Commerce de geler les opérations d’importation de la matière première sur les marchés internationaux. Le ministre du secteur pointe du doigt la «spéculation». Dans les deux cas, le phénomène s’explique par une difficulté à prévenir l’évolution du marché domestique.

Par Hakim Ould Mohamed
Conséquence des restrictions d’importations de la poudre de lait, le lait en boîte et en sachet se fait rare à travers plusieurs villes du pays. Même si les institutions de l’Etat en charge de l’octroi des dérogations sanitaires pour l’importation de la poudre de lait se défendent d’être à l’origine d’une quelconque pénurie, force est de constater que l’insuffisance de l’offre domestique en produits laitiers est liée, en partie, au gel il y a quelques mois des dérogations aux opérateurs de la filière en vue d’importer la matière première.
La suspension de l’octroi de ces dérogations était justifiée par la volonté du gouvernement d’encourager l’intégration du lait frais produit localement dans la fabrication des produits laitiers et de réduire, ainsi, la facture d’importation de la poudre de lait. Cette suspension a conduit à une baisse drastique des quantités de poudre de lait, nécessaires au fonctionnement des usines de transformation. L’affaire a éclaté au grand jour, lorsque le patron de la laiterie Soummam a profité du passage du Premier ministre à la Foire de la production algérienne pour mettre en garde contre une crise du lait qui pointait déjà son nez. D’autres opérateurs, fédérés sous la casquette de la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA), activant dans la filière lait, se sont également plaints de la suspension de l’approvisionnement en poudre de lait en raison du gel des dérogations sanitaires depuis septembre dernier.
La crise a aussitôt éclaté et le gouvernement a été dans l’obligation de lever le gel sur les dérogations sanitaires. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée. Pis encore, d’autres produits, dont l’huile de table, se sont raréfiés, sans que les autorités puissent solutionner le dysfonctionnement. En effet, puisque c’est de cela qu’il s’agit, étant donné les bons scores en matière de production, il y aurait un problème de dysfonctionnement de la chaîne de distribution, dont les raisons semblent être ignorées même par les producteurs. Ces derniers, puisqu’ils sont nombreux maintenant à produire l’huile de table et les différents produits des huiles végétales, assurent que la production serait suffisante et qu’il devrait y avoir un problème de stockage et de distribution de ce produit. Les commerçants ont, en revanche, pointé du doigt les producteurs qui, selon eux, fabriquent en quantités insuffisantes, ce qui a entraîné une insuffisance de l’offre, alors que la demande évoluait au même rythme depuis maintenant plusieurs mois. Les deux maillons de la chaîne se renvoient ainsi la balle, refusant de reconnaître une quelconque responsabilité dans ces pénuries.
A celles-ci, jusqu’ici inexpliquées, sont venues se greffer des hausses des prix toutes aussi injustifiées, pénalisant grandement les consommateurs, pris en tenaille entre la rareté des produits et les prix excessifs lorsque ces mêmes produits sont quelquefois disponibles. Quoi qu’il en soit, le ministère du Commerce n’a pas non plus brillé dans sa quête de solutions à cette crise, privilégiant des mesures et des réactions épidermiques plutôt qu’une concertation avec l’ensemble des acteurs des deux filières afin de mettre le doigt sur les vraies difficultés et pouvoir, ensuite, trouver des solutions appropriées en associant aussi bien les commerçants que les producteurs.
En toile de fond de cette crise en passe de devenir une polémique pour le moins stérile et inutile figurent des difficultés d’accès aux matières premières par les producteurs, lesquels doivent s’approvisionner en urgence en intrants pour pouvoir augmenter rapidement les volumes de production. Les circuits de transports et de distribution de gros et de détails doivent se mobiliser ensuite afin que les réseaux soient alimentés à nouveau. Il s’agirait tout compte fait d’une crise passagère qui serait liée à des retards dans l’octroi des autorisations d’importation des matières premières, lesquels retards se sont répercutés sur les autres maillons de la chaîne, occasionnant des retards en cascade, qui seraient l’explication idoine à la crise.