« Une personne dont le casier judiciaire n’est pas vierge est condamnée à l’avance. Il faut dénoncer cette culture, cette manière de traiter la personne qui a un antécédent judiciaire », a d’emblée fustigé Ammar Hamdini, président de la Fondation civile pour la réinsertion des repris de justice et contre la récidive (FCRLR), invité hier du Forum El Moujdahed. Et d’expliquer : « Ce qu’un juge regarde en premier, c’est le casier judiciaire du justiciable.» 

Or, pour le président de la Fondation, à partir de là, « la sentence du magistrat ne peut pas être juste car le verdict est rendu selon ce qui est inscrit sur le casier judiciaire. Le justiciable doit être jugé pour ce qu’il a fait réellement. Le soupçonner ne rend service à personne ». Dans ce cas, « le juge ne respecte pas le fondement de la présomption d’innocence tel que consacré par le droit algérien », poursuit l’ancien magistrat du tribunal militaire. « Le casier judiciaire est la dernière pièce que doit consulter le juge comme cela se fait dans les grands pays où la justice est forte. La mentalité de nos magistrats doit changer pour éviter de pousser à la récidive », a-t-il encore suggéré. « Je viens dans le mouvement associatif pour défendre les anciens prisonniers et pour leur épargner la prison encore une fois », indique-t-il. « Nous devons prendre en charge cette population. Ce sont nos enfants, nous devons les prendre en charge, sinon le terroriste ou le cercle des criminels le fera à notre place », met en garde l’hôte du forum qui révèle que « 67% des personnes qui font de la prison récidivent ». « Nous avons construit en Algérie 99 prisons. Nous aurions dû construire 99 hôpitaux, 99 universités », ironise-t-il, pour
expliquer l’échec de la politique d’insertion de cette population. « Sans agrément de 2003 à 2013, la Fondation a fait ce qu’elle a pu. Nous avons pu intégrer dans la société environ 2 000 personnes » dans 46 wilayas. Interrogé sur le rejet quasi-systématique par les juges des demandes de liberté conditionnelle – on estime à 95 % le taux de refus -, l’ancien juge dira que « mis à part quelques juridictions notamment à Alger et quelques wilayas, des instructions sont données pour ne pas accorder de liberté provisoire ». Pour sa part, Djamel Naili, docteur en psychiatrie, s’est exprimé sur le nombre de personnes prises en charge par l’Association. Il indiquera : « 1 080 familles sont prises en charge dont les enfants ont bénéficié de fournitures scolaires et d’autres aides. » Mais il regrette que l’Etat n’a jamais aidé financièrement et matériellement son association qui compte, selon ses dires, 4 380 adhérents à travers le territoire national.