Pyongyang a tiré hier 17 missiles dont l’un est tombé à la limite des eaux sud-coréennes. Séoul dénonce une «invasion territoriale». Le regain de tension entre les deux Corées, jamais observé auparavant selon des observateurs, intervient au moment où des manœuvres se déroulent entre l’armée américaine et sud-coréenne.

Synthèse Selma Allane
Mercredi 2 novembre, la Corée du Nord a lancé au moins 17 missiles balistiques, dont l’un est tombé près des eaux territoriales sud-coréennes, ce qui a amené le président sud-coréen Yoon Suk-yeol à dénoncer une «invasion territoriale de fait».
L’armée nord-coréenne a également procédé à plus d’une centaine de tirs d’artillerie dans la «zone tampon» maritime entre les deux pays, au moment où la Corée du Sud et les Etats-Unis effectuent dans la région d’importantes manoeuvres aériennes dénoncées par Pyongyang.
Selon l’armée sud-coréenne, c’est «la première fois depuis la division de la péninsule» après la guerre de Corée en 1953 qu’un missile nord-coréen est tombé si près des eaux territoriales du Sud.
Le président Yoon a «souligné que la provocation nord-coréenne est une invasion territoriale de fait par un missile qui a franchi la Ligne de limite du Nord pour la première fois depuis la division» de la péninsule, a déclaré la présidence sud-coréenne dans un communiqué.
Un des missiles lancés mercredi matin a terminé sa course en mer à seulement 57 kilomètres de la ville sud-coréenne de Sokcho, dans le nord-est de la Corée du Sud, a indiqué l’armée sud-coréenne, qui a qualifié de «très rare et intolérable» cette salve de projectiles. Elle a annoncé dans la foulée avoir tiré, pour sa part, trois missiles air-sol près de la frontière maritime intercoréenne.
Le président Yoon a convoqué une réunion du Conseil national de sécurité au sujet de cet incident, l’un des plus agressifs et menaçants depuis plusieurs années estiment des analystes. Le président sud-coréen a en outre ordonné des mesures «rapides et sévères afin que la Corée du Nord paie un prix fort pour ses provocations».
La Corée du Sud a fermé plusieurs routes aériennes au-dessus de la mer du Japon, conseillant aux compagnies aériennes d’effectuer un détour pour «assurer la sécurité des passagers sur les routes en direction des Etats-Unis et du Japon».

«Vigilant Storm»
Séoul et Washington organisent actuellement le plus grand exercice aérien conjoint de leur histoire, baptisé «Vigilant Storm» (Tempête vigilante), auquel participent des centaines d’avions de guerre des deux armées. Pak Jong Chon, maréchal et secrétaire du Parti des travailleurs au pouvoir en Corée du Nord, a qualifié ces exercices d’agressifs et provocants, a rapporté mercredi la presse officielle nord-coréenne. Selon lui, le nom de ces manoeuvres fait écho à l’opération «Tempête du désert», nom donné aux opérations militaires de la coalition conduite par les Etats-Unis contre l’Irak en 1991 après l’invasion du Koweït.
«Si les Etats-Unis et la Corée du Sud tentent d’utiliser leurs forces armées contre la (République populaire démocratique de Corée) sans crainte, les moyens spéciaux des forces armées de la RPDC accompliront leur mission stratégique sans délai», a déclaré M. Pak, selon l’agence d’Etat KCNA.
«Les Etats-Unis et la Corée du Sud devront (…) payer le prix le plus horrible de l’histoire», a menacé le maréchal.

Près de la Corée du Sud
Les missiles tirés mercredi par la Corée du Nord constituent «la plus agressive et menaçante démonstration (de force) contre le Sud depuis 2010», a déclaré à l’AFP Cheong Seong-chang, chercheur à l’institut Sejong. «Il s’agit d’une situation dangereuse et instable qui pourrait mener à des (affrontements) armés», a-t-il ajouté.
En mars 2010, un sous-marin nord-coréen avait torpillé une corvette sud-coréenne, tuant 46 marins. En novembre de la même année, le Nord avait bombardé une île frontalière sud-coréenne, causant la mort de deux jeunes soldats.
Les tirs de mercredi surviennent après une autre longue série en septembre et octobre, que le Nord a qualifié d’exercices nucléaires tactiques. Washington et Séoul avertissent de manière répétée que Pyongyang pourrait effectuer un nouvel essai nucléaire qui serait le 7e de son histoire. «Aussi longtemps que je me souvienne, la Corée du Nord n’a jamais procédé à une telle provocation lorsque la Corée du Sud et les Etats-Unis menaient des manoeuvres conjointes», a décrit à l’AFP Park Won-gon, professeur à l’université Ewha. «Pyongyang semble avoir achevé sa plus puissante (mesure de) dissuasion. C’est une grave menace. Le Nord semble également confiant dans ses capacités nucléaires». <