La faiblesse des prix du pétrole pèse sur l’ensemble des économies des pays exportateurs de pétrole. L’heure des arbitrages budgétaires a sonné. De l’Arabie saoudite à l’Algérie en passant par les Emirats arabes, l’Iran et la Libye, l’année 2021 s’annonce pour le moins complexe ; l’équilibre budgétaire étant rompu et l’incertitude qui pointe à l’horizon rend l’équation budgétaire beaucoup plus complexe pour les pays pétroliers.

Pendant que le Conseil des ministres examinait, hier, l’avant-projet de loi de finances 2021 qui, semble-t-il, garderait le prix de référence à 30 dollars et celui du marché à 35 dollars, en l’absence de signaux positifs provenant du marché, le ministère des Finances d’Arabie saoudite a présenté, hier, une déclaration pré-budgétaire, se basant sur un prix de pétrole à 50 dollars le baril pour les trois prochaines années. Autrement dit, en utilisant ces estimations pour la ventilation de ses recettes publiques, l’Arabie saoudite semble nourrir désormais des projections pessimistes sur l’évolution des cours du brut sur la période 2020-2023. Le Brent, pétrole de référence pour les pays exportateurs de pétrole de la région, a chuté de 6,3% à 39,27 dollars le baril la semaine dernière, alors que davantage de pays ont renforcé les restrictions pour contrer la pandémie de coronavirus, ce qui a amené les investisseurs à s’inquiéter des perspectives de demande mondiale de pétrole. Même si la moyenne de 50 dollars le baril représenterait une hausse de 25% par rapport aux prix actuels, il n’en demeure pas moins que cette prévision reste bien en dessous du niveau de 65 dollars de l’année dernière, et donc moins que ce dont l’Arabie saoudite et autres pays exportateurs ont besoin pour équilibrer leurs budgets. L’équilibre budgétaire du royaume wahhabite est tributaire d’un baril de pétrole de 76 dollars cette année et de 66 dollars en 2021, alors que l’équilibre du budget en Algérie est conditionné par un prix de baril de 157,2 dollars. En revanche, les comptes extérieurs ne peuvent s’équilibrer qu’avec un prix du Brent au-dessus de 112,2 dollars le baril, à en croire les projections du Fonds monétaire international (FMI). Cette institution a conclu dans ses dernières prévisions que l’équilibre budgétaire de l’Iran ne peut s’équilibrer qu’avec un baril de 389 dollars en 2020 et de 320 dollars en 2021, l’Irak (60 dollars en 2020 et 54 en 2021), le Kuwait (61 dollars en 2020 et 60 dollars en 2021), les Emirats arabes unis (69 dollars le baril cette année et 61 dollars l’an prochain). Ainsi, aucun des pays exportateurs de pétrole de la région Mena ne pourrait équilibrer son budget cette année et l’an prochain avec le niveau actuel des prix, alors que la banque américaine Goldman Sachs table sur un rebond du Brent à 65 dollars le baril d’ici la fin de 2021. Les prévisions de Goldman Sachs sont venues conforter les projections de certaines majors, dont BP et Total, prévoyant que l’ère de la demande mondiale croissante de pétrole est terminée ou touche à sa fin dans à peine une décennie. Ces projections sont particulièrement préoccupantes pour les pays exportateurs de pétrole, où les hydrocarbures représentent près des deux tiers des recettes publiques, comme c’est le cas en Algérie d’ailleurs. Ces pays mono-exportateurs de la région Mena tablent sur une baisse d’environ la moitié de leurs recettes en devises, cette année, une première depuis 2016, malgré les efforts consentis par l’Opep aux fins de réduire l’offre pétrolière mondiale et soutenir les prix. La faiblesse des cours du brut aggraverait bien évidemment les déficits des pays exportateurs de brut, quand bien même des mesures de réduction des dépenses ont été prises par les gouvernements. <