L’enjeu est de taille. L’incarcération des patrons des entreprises, en particulier Condor, ETRHB, Sovac, TMC, GMI, fait peser une menace de chômage pour des dizaines de milliers de travailleurs. L’interpellation des autorités par les travailleurs sur le non-versement des salaires oblige le gouvernement à réagir face à cette bombe à retardement.

Le gouvernement Bedoui crée alors un comité interministériel chargé du suivi des activités économiques touchées et la préservation de l’outil de production. Ce fut ensuite la nomination par les pouvoirs publics d’un administrateur chargé de contrôler la gestion des entreprises touchées.
Cet épisode dans la vie de ces entreprises qui, pour la plupart, emploie des milliers de travailleurs, a montré la fragilité du secteur privé national. Des failles saillantes dans leur gestion, un pouvoir de décision concentré chez une personne unique ou deux à cinq personnes de la famille (frères Kouninef, frères Haddad…) en lieu et place d’un véritable conseil d’administration, ouvert à des gestionnaires extérieurs à la famille du propriétaire. Ce qui a posé un problème de signatures qui a bloqué les salaires des travailleurs de certaines de ces entreprises.
Encore une fois, on assiste à une gestion où il n’y a pas de séparation entre le propriétaire et (le ou) les gestionnaires de l’entreprise. C’est le propre des entreprises familiales pas encore ouvertes à une gestion moderne de leur société. Cette situation a posé le problème de délégation de signature. Le principal problème de ces entreprises est la perte de marchés, notamment de la commande publique comme ETRHB et KOUGC. Et pour éviter qu’elles ne mettent la clé sous le paillasson, le gouvernement décide de la nomination d’un administrateur chargé du contrôle de la gestion de ces entreprises. D’une part, ce délégué de l’Etat facilitera le versement des salaires et veillera à ce que la société concernée ne tombe pas sous le coup de la faillite ou entraîne la perte de milliers d’emplois. Au total, des dizaines de milliers d’emplois sont menacés.
Mais la question est de savoir si ces administrateurs sont de bons gestionnaires. Sur cette question, c’est le grand flou. Car il ne s’agit pas de gérer le présent, mais de remettre ces entreprises sur les rails de l’expansion et de la croissance avec le développement des exportations, lancement des projets bloqués ou retardés dans leur mise en service, extension des capacités de production. Là, rien n’est moins sûr. Ces administrateurs sont-ils capables non seulement de surmonter les difficultés actuelles mais aussi de projeter ces entreprises sur les sentiers de l’essor économique ? Cela ne dépendra pas uniquement de l’administrateur, mais également de l’amélioration du climat des affaires. Cette mission confiée aux administrateurs sera d’autant plus compliquée que les banques publiques ou privées sont réticentes à apporter de l’argent frais à ces entreprises qui, pourtant, sont aujourd’hui contrôlées par l’Etat et qui se résument à de grosses pointures – certaines sont des leaders dans leur filière -, de gros contributeurs pour le Trésor public susceptibles de contribuer à une hausse de la croissance économique et au développement des exportations hors hydrocarbures dans le pays.<