Le patronat algérien compte désormais une nouvelle organisation avec la naissance, depuis le 20 février, du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), nouvelle représentation patronale qui arrive dans un contexte marqué par des inquiétudes quant au devenir des entreprises de la sphère privée comme celles appartenant à l’Etat.

PAR NAZIM BRAHIMI
L’avènement du CREA, constitué de 70 entités publiques et privées, équivaut ainsi à une pluralité d’organisations qui représentent les patrons dont la plus présente et visible jusque-là est la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), désignation qui a remplacé le Forum des chefs d’entreprise (FCE).
«Nous ne serons jamais trop nombreux pour accompagner notre pays dans son essor, pour bâtir une économie forte et solidaire, pour répondre aux besoins de nos concitoyens. Nous n’avons pas de divergences avec nos amis des autres organisations patronales car notre ambition est commune et répond au seul intérêt général du pays», a indiqué le chef du CREA répondant à une question sur la multiplication des organisations en ce qu’elle peut générer un émiettement du patronat national.
Mais, au-delà de la représentation syndicale et des rapports que chaque organisation peut entretenir avec le pouvoir politique, la nouvelle organisation comme celles qui existaient déjà, sont attendues sur le terrain des propositions et de l’efficacité économique dans un contexte d’incertitudes du monde de l’entreprise. Le patron du CREA a cité, dans ce sens, plusieurs préoccupations : la récession mondiale, la pandémie et ses conséquences, la dévaluation de notre monnaie et son incidence sur le pouvoir d’achat… Car, il ne fait point de doute que dans le registre du constat, ceux qui ont eu à diriger des ministères et des entités publiques n’hésitent pas à nommer les failles et les obstacles. D’ailleurs le président du CREA a évoqué dans sa première déclaration plusieurs difficultés économiques dues, outre les facteurs exogènes, à trois principales causes qui concernent «la rupture du lien de confiance entre les entreprises, les investisseurs et les pouvoirs publics, l’absence de concertation à une échelle pertinente sur les réformes à mener avant l’élaboration des textes d’application ainsi que la paralysie de l’administration et sa résistance au changement». A l’évidence, le même constat pointant les divers obstacles qui empêchent l’Algérie de se doter d’une économie productrice de richesses a été établi par d’autres opérateurs économiques et managers politiques, bien que le langage soit différent.
Autrement dit, il y a unanimité sur les facteurs de blocages qui font que l’économie nationale demeure à la traîne et dépendante des recettes pétrolières alors que les défis sont énormes dont notamment la nécessité de résoudre le problème du chômage, la relance de l’industrie, la dévaluation de la monnaie nationale… Il reste cependant bien établi que c’est la phase de concrétisation qui fait cruellement défaut pour des raisons qui peuvent être diversement appréhendées. Nous pouvons cependant retenir l’idée que la pluralité syndicale ne peut être qu’utile et avantageuse pour le monde économique. Il suffit d’observer les dégâts engendrés par le verrouillage syndical du monde des travailleurs à travers la centrale syndicale pour se rendre compte des bienfaits que peut apporter toute pluralité. A condition que les règles du jeu soient claires et que chaque acteur soit comptable devant la loi.