Le président du FCE, Sami Agli, n’est pas allé par quatre chemins pour qualifier le Conseil national d’investissement (CNI) de club d’amis. Il en veut pour preuve que « les dossiers sont avalisés à la condition de connaître un membre du CNI » Ce dernier, qui s’exprimait lors d’un rencontre organisée hier par le FCE sur le dispositif d’investissement en Algérie, a par ailleurs estimé, toujours à propos du CNI, que son échec n’est plus à démontrer non sans déplorer son « fonctionnement bureaucratique et des actes de corruption ».

Sami Agli s’est étonné aussi que toute création d’entreprise en partenariat doit passer par cet organe, « sans aucun plafond défini ». Pis encore, « le CNI est devenu un frein pour l’investissement, au moment où l’acte d’investir doit être facilité plus que jamais. L’investisseur est comptable de ses actes, l’Etat doit l’accompagner tout en lui demandant des comptes en matière de création d’emplois, de richesses, de contributions fiscales. Le CNI n’a donc aucune utilité », a-t-il souligné. Toujours concernant le CNI, le vice-président du FCE, Salah-Eddine Abdessemed, a de son côté dévoilé que « le conseil prenait des décisions en dehors de la loi sur l’investissement, promulguée en 2016, qui n’a pas été suivie de textes d’application, ce qui a donné lieu à une autre loi souterraine ». Et de s’indigner que « la loi 2016 n’a pas été appliquée jusqu’au bout. Et du coup le CNI s’est donc substitué à la loi en prenant des décisions discrétionnaires. Il ne permet pas un investissement libre », a-t-il déploré. Dans un autre registre, le premier responsable du FCE a fait savoir que son organisation patronale préparait des propositions pour la prochaine révision de la Constitution, en se focalisant sur la liberté d’investir et la protection des investissements.

Attractivité de l’investissement en Algérie, le bilan mitigé du FCE
Comment rendre réellement attractif l’investissement en Algérie ? C’est la question qui a eu la part du lion lors de la 5e édition des débats qui se sont tenus hier au siège du Forum des chefs d’entreprise (FCE) sous le thème « Pour un dispositif d’investissement au service de la croissance et du développement ». Pour le président du FCE Sami Agli, qui était accompagné de son vice-président Salah Eddine Abdelsamed, et du professeur en économie Mohamed Belmihoub pour animer les débats, « les résultats atteints en matière d’investissements sont loin des objectifs escomptés ». En sa qualité de premier responsable d’une structure considérée comme force de proposition, il a estimé que « les piètres résultats enregistrés jusqu’ici découlent de l’absence de facteurs d’amélioration, à savoir l’écosystème et l’attraction à l’investissement en raison d’une armada de dispositifs juridiques qui n’encourage pas l’acte d’investir. Le tout conjugué à une administration qui demeure plombée dans un immobilisme qui n’inspire pas confiance aux investisseurs ». Toujours dans ce même sens, le président du FCE estime qu’« un code des investissements doit être avant tout facilitateur et non pas un frein ». Et de lancer à l’auditoire : « Alors que notre économie a un véritable besoin d’investissements étranger, nous nous retrouvons avec une loi parapluie qui est contre l’investissement ». Samy Aghli a fini par dire : «Nous devons devenir plus attractif en termes d’investissements et pour ce faire, il faudra rendre plus souple la réglementation en la matière. C’est d’autant plus impératif car le pays n’est pas du tout prêt à essuyer d’autres échecs. Il est donc primordial à ce que le pays devienne attractif à l’investissement étranger ». Prenant la parole à son tour, le vice-président du FCE a dès l’entame de son intervention jugé utile de rappeler : «En moins de trois décennies, sept cadres juridiques régissant l’investissement dans notre pays ont été adoptés ». Et pour mieux éclairer l’assistance à ce sujet, il a précisé : « De 1988 à 2016, cinq dispositifs d’investissements et deux réformes lourdes, dont celui ayant précédé le cadre actuel, ont été expérimentés à raison d’un code tous les 3/5 années. Mais tous se sont avérés insatisfaisants au motif qu’ils n’auraient pas produits les effets escomptés en termes de volumes d’investissements, de nombre de projets, de transfert de technologie, de création d’emplois ou de croissance et d’avoir pour certains été à l’origine de pratiques négatives pour ne pas dire illégales vis-à-vis de la loi». Il a considéré en outre que les lois de finances qui se sont succédé ces deux dernières décennies et les réglementations ont rendu complexe l’acte d’investir. « C’était d’ailleurs prévisible dès lors où l’ancrage stratégique pour booster l’investissement a toujours été ignoré », a déploré le numéro deux du FCE. Ce dernier est revenu sur le dernier code des investissements de 2016 et sur lequel il dira enfin que « depuis son adoption, sa mise en œuvre n’a jamais été effective ». De son côté, le professeur en économie, avant d’aborder le vif du sujet, a donné un aperçu sur les flux d’investissements internationaux. Mais pour ce qui concerne l’Algérie, cet intervenant a insisté que tout investisseur étranger reste toujours à la recherche de la qualité des institutions impliquées dans les projets d’investissement. En clair, « il recherche surtout une sûreté juridique dans le pays où il désire investir, ce que nous pouvons leur assurer », a lâché Belmihoub. Revenant sur l’échec à répétition des codes de l’investissement qui se sont succédé, il a estimé que cela est dû au fait qu’aucune évaluation n’a été faite. « Et quand on n’évalue pas il ne faut pas s’attendre à une amélioration du code en question ». Et pour appuyer sa remarque, il a précisé que la loi 2016 comprend 46 articles avec 43 renvois, dont la plupart de leur application a été impossible. Ajoutant dans ce sens qu’une bonne loi ne laisse pas de place à de fausse lecture ». Ce dernier considère enfin que « la tendance à manipuler le taux de change sans fondement économique laisse plutôt sceptique les investisseurs ».

Sami Agli juge bon le plan d’action du gouvernement
Lors des débats qui ont suivi, il a été demandé au patron de faire connaître son point de vue sur le plan d’action du nouveau gouvernement, ce dernier dira que dans sa globalité, il le juge bon, non sans avouer quelques réserves. Toujours à propos du plan notamment dans son volet économie, selon Sami Agli, le gouvernement se doit de protéger les secteurs où le privé a investi énormément. Comme il a jugé dans ce sens que « la concertation entre les deux parties doit s’élargir afin que les lois s’inscrivent en droite ligne avec les réalités du terrain, c’est-à-dire au quotidien des opérateurs économiques».