Une nouvelle coordination patronale voit le jour pour peser dans le débat sur l’avenir de l’entreprise et l’économie algériennes. Cette structure à l’organisation non contraignante obéirait à la logique du chacun pour soi et tout le monde pour l’entreprise ! Sa création n’est pas moins significative du mouvement de lignes que connait le patronat algérien après la création du Conseil du renouveau économique algérien, le CREA, et des développements en cours dans le champ de l’investissement.

PAR NAZIM B
Le patronat compte depuis hier une nouvelle représentation. Dénommée la «Coordination nationale du patronat», le nouveau-né du monde des chefs d’entreprise du secteur privé est composé de cinq organisations. Il s’agit de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), la Confédération nationale de patronat algérien (CNPA), la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA), le Club des Entrepreneurs et Industriels de la Mitidja (CEIMI) et l’Organisation nationale pour le développement économique (ONDE).
La naissance de cette coordination patronale vient manifestement attester d’une volonté de se rassembler en prévision des luttes à venir dans le monde de l’entreprise et de disposer, quand il le faudra, des moyens nécessaires pour peser sur les grands dossiers, notamment ceux relatifs à l’investissement, alors que des lignes de partage sont apparues entre les organisations traditionnelles et le nouveau venu dans la galaxie patronale algérienne.
Il y a à peine quatre mois a été créé, en effet, le Conseil du renouveau économique algérien (CREA), composé de 70 membres fondateurs et qui vise «la mutualisation des compétences et des ressources» autour du «patriotisme économique», selon son président Kamel Moula, patron du groupe Venus. Un terme somme toute usuel dans le champ de l’entreprise algérienne, mais qui a sonné, selon des observateurs économiques, comme un indicateur de clivage entre les «partisans» de l’action économique gouvernementale et les «tièdes» qui voudraient voir l’Exécutif s’avancer plus «franchement» dans les réformes en attente.
Il n’y a pas de hasard de calendrier, la naissance de la Coordination nationale du patronat intervient au lendemain de l’adoption par le Conseil des ministres, jeudi dernier, de l’avant-projet portant code de l’investissement, retoqué à deux reprises par le chef de l’Etat et qui aura fait couler beaucoup d’encre et de débats dans les milieux économiques et politiques.
«Conscientes que les défis de développement économique et social auxquels sont confrontés l’économie et l’entreprise algérienne sont immenses, animées par le sens de responsabilité et de la solidarité et convaincues de la nécessité de conjuguer les efforts pour mieux défendre des intérêts économiques de l’Algérie et soutenir les actions des pouvoirs publics dans leur quête du développement économique du pays, les organisations patronales ont décidé de s’unir autour d’une Coordination qui porte le nom de : ‘’La Coordination Nationale du Patronat’’», ont souligné les 5 chefs d’organisations dans l’acte de naissance de la CNP.
Les chefs de cette coordination considèrent que «le patronat algérien a atteint un niveau de maturité tant dans sa structuration interne que dans son sens d’engagement et de responsabilité face aux enjeux économiques qui engagent l’avenir de notre pays et de nos entreprises qui lui permettent aujourd’hui et dans une démarche citoyenne, solidaire et éthique en direction de la société algérienne et sur toutes les questions d’intérêt national de s’unir pour bâtir de nouvelles formes d’action face aux nouveaux défis de plus en plus grands et complexes».

«Renforcer les rangs»
Les promoteurs de la CNP déclarent vouloir «renforcer nos rangs par un enrichissement mutuel de nos expériences antérieures et de nos visions futures» en «canalisant» leurs efforts sur «le développement et la protection de l’entreprise et ainsi contribuer au développement économique et social de notre pays».
Ils ajoutent qu’il «ne s’agit ni d’une création d’une nouvelle organisation patronale, ni d’une Confédération des organisations existantes, ni d’une motion de soutien», déclarant que «la Coordination est non partisane et apolitique».
Pour la CNP, «le Patronat algérien, riche de sa diversité, est fier de poursuivre sa contribution en rang uni, dans l’édification d’une économie nationale forte par ses entreprises et par son engagement de tout temps de placer la défense des intérêts économiques de l’Algérie au-dessus de toutes les considérations».
Pour ce qui concerne son fonctionnement, la CNP «n’a pas vocation à être dotée d’une personnalité juridique ni à jouir d’un agrément. Elle sera l’émanation de ses membres et aura une organisation et un fonctionnement ad-hoc en fonction des objectifs à atteindre», affirment ses fondateurs.
«Chaque organisation qui adhère à la Coordination demeurera indépendante dans son fonctionnement et dans ses objectifs ; la Coordination n’interfère en aucun cas et pour quelque motif que ce soit dans la vie des organisations adhérentes», est-il souligné dans le document de naissance de la CNP dont «la gouvernance de la Coordination est tournante» avec un mandat de 6 mois «donné à chaque membre selon un ordre préalablement arrêté en commun accord».
S’agissant des objectifs, il est question notamment d’organiser des concertations périodiques sur les questions en rapport avec la vie des entreprises et le développement économique en général ; mener des actions collectives ayant pour finalité de défendre les intérêts de l’entreprise et son développement ; coordonner des démarches et des plaidoyers en direction des pouvoirs publics et organiser des manifestations à caractère économique conjointes lorsque le sujet ou l’objet intéresse les organisations membres…
Lors de la présentation du nouveau-né hier à Alger, le Président de la CAPC, Mohamed Sami Agli a affirmé que «nous souhaitons renforcer nos rangs par un enrichissement mutuel de nos expériences antérieures et de nos visions futures. Nous voulons canaliser nos efforts sur un seul objectif, le développement et la protection de l’entreprise et ainsi contribuer au développement économique et social de notre pays. L’Algérie avant tout, et les intérêts de notre pays et de notre économie avant tout».
Pour sa part, le président de la CNPA, Mohand Saïd Naït Abdelaziz, estime que «les organisations patronales ont jusqu’ici agit en rangs dispersés. Il est plus que jamais temps de conjuguer nos efforts dans le seul intérêt de développer l’économie nationale».
Quant au président de la Cipa, Abdelwahab Ziani, il soutient que «les organisations patronales ont une véritable longueur d’avance en matière de réflexions et de propositions sur les questions économiques, car nous sommes sur le terrain et nous représentons des entreprises. Aujourd’hui à travers le CNP, nous mettons à la disposition des pouvoirs publics ces réflexions. Nous souhaitons une politique économique qui place l’entreprise au cœur des politiques économiques.»