L’écrivain-poète Mouloud Fertouni, de Tamanrasset, a présenté avant-hier un résumé de ses recherches sur les pratiques poétiques de la culture touareg, lors d’une rencontre organisée par l’espace «Maqamat», initiée par l’Association «Beit echir el djazaïri» (La Maison de la poésie algérienne) en coopération avec le Théâtre national algérien Mehieddine-Bechtarazi (TNA).

Selon l’intervenant, la poésie amazighe regorge de nombreuses pratiques artistiques, à la fois sur des questions liées aux aspects du Sahara en tant qu’imperméabilité majeure, ainsi que sur l’art qui est à la base de cette poésie. M. Fartouni a d’emblée souligné, à propos du concept de poésie touareg, que «les intellectuels généraux et les écrivains parlent d’Imohaq, ce qui est faux. Et le terme le plus correct est touareg, qui fait partie d’Imohaq», dira l’écrivain, expliquant que le terme touareg en arabe «est écrit avec la lettre t et non tta, ce sont les habitants qui vivent près des canaux d’irrigation. Ce mot dérivé de targa et targuen, dans le sens qui désigne un ruisseau, ils sont établis en tant qu’imoha, qui ne sont pas des résidents permanents mais parlent la langue d’imohaq».
La poésie imohaq est l’une des sciences de la parole la plus en vue, elle est la protectrice et le détenteur de la langue, «certains pensent que la langue manquante est cachée dans la poésie», estime M. Fertouni, citant les paroles du poète Lahcen Madhia, décédé en 2005. «Quiconque veut découvrir les mots touareg n’a qu’à lire ses textes. Lahcen Madhia a donné une place spéciale à la poésie dans la société touareg, bien que tous ses membres pratiquent la poésie et la chantent», dira-t-il.
M. Fertouni s’appuiera dans son intervention sur l’exemple de la mère touareg qui s’imprègne de cette poésie, afin de bercer ses enfants. «La mère chante ce qu’on appelle les «sodesss, afin d’aider ses enfants à bien dormir. Il existe également de la poésie pour les chanteurs, danseurs, poésies de jeu et poèmes de courage, lorsqu’elle éduque son fils sur les qualités du courage». Poursuivant : «Il existe aussi une poésie qu’on appelle Ouléoun, faite spécialement pour les mariés. Ce niveau de poésie est pratiqué par la communauté en tant que poésie collective, car il y a ce qui est composé de membres de la communauté dans son voisinage et il y a un propriétaire inconnu en dépit de sa renommée dans les régions de la société.»
La pratique poétique du ou des poètes est issue, selon l’interlocuteur, «de la communauté. C’est une pratique particulière concernant leur vie au sein de leur communauté en tant qu’individus actifs et interactifs, que cela soit dans la famille ou dans la société en général. La pratique de la poésie chez les femmes principalement lyriques, la poésie servant à préparer des poèmes pour tous les types. Comme la poésie qui chante pour le retour du voyage, la patience pour la mariée et le marié, mais aussi pour les femmes divorcées qui accomplissent le délai de viduité. Il y a les poèmes de Tendi pour les garçons et pour l’adulte qui porte un chech (écharpe) et la femme qui porte l’melhef ou ce qu’on appelle tisseghness (le voile traditionnel), tout a un genre de poème approprié».
Il est à noter que Mouloud Fertouni a de nombreux écrits poétiques, narratifs et artistiques, le dernier en date étant le roman «Sarho», dont le thème est le désert. «Ceux qui ont écrit sur le désert l’ont fait sous deux angles, le premier sous un angle extérieur et toujours illuminé par un personnage miraculeux, comme des orientalistes et des voyageurs. Et le second angle est inscrit dans le désert de ses enfants et cela en tant que problème existentiel plutôt que miracle», dira l’intervenant. Le roman de Mouloud Fertouni a toujours trait au sujet de l’amour et de l’honneur dans la région touareg.