L’association Thajmaâth, pour la revitalisation du patrimoine urbain et des monuments historiques de la wilaya de Touggourt, lance un appel de détresse, sur la situation catastrophique du vieux ksar de Mestaoua et réclamé l’application exhaustive de la loi 98-04 du 15 juin 1998 suite au non-respect des lois de protection ainsi que l’annulation des enveloppes dédiées à la restauration et la mise en valeur des de sites patrimoniaux historique d’Ouargla : ksar Mestaoua et Madrassat El-Falah

La société civile à Ouargla se mobilise et interpelle les plus hautes autorités du secteur afin de sauver les sites patrimoniaux ksar Mestaoua et Madrassat El-Falah. A cet effet, Souad Selami, architecte et présidente de l’association Thajmaâth pour la revitalisation du patrimoine urbain et des monuments historiques de la wilaya de Touggourt, a interpellé, par courrier daté du 15/11/2017, le ministre de la Culture sur la situation catastrophique du vieux Ksar de Mestaoua et lui a fait part du non-respect des lois de protection.
Pour faire réagir la population et la classe politique d’un empire en perdition, une conférence de présence régionale a été tenue le 16 novembre dernier. La présidente de l’association et les propriétaires des biens du ksar ont réclamé l’application exhaustive de la loi 98-04 du 15 juin 1998, relative à la protection du patrimoine historique.
Cette rencontre a eu lieu après l’annulation des deux enveloppes dédiées à la restauration et la mise en valeur des deux sites patrimoniaux historique, situés au sein du périmètre de protection.
Pour rappel, en 2015, la présidente de l’association a réussi, après fortes insistances auprès de l’Assemblée populaire de la wilaya d’Ouargla et de Touggourt et ce, en application des recommandations du premier forum organisé par l’association le 16/05/2015. L’association a décroché deux enveloppes financières pour la réhabilitation du ksar Mestaoua et Madrassat El-Falah (école coranique).
En 2017, alors que les travaux de réhabilitation n’ont même pas encore été entrepris, les deux opérations ont été annulées et leurs budgets ont été affectés à d’autres projets. C’est dans ce cadre, que la présidente de l’association a sollicité l’intervention personnelle du ministre de la Culture pour la sauvegarde et la préservation du patrimoine historique de la capitale d’Oued Righ par l’application des textes réglementaires le concernant.

Dépassements et violations sur le patrimoine
A propos des dépassements et violations commis sur le patrimoine ancestral local, notre interlocutrice affirme que chaque monument classé patrimoine national, tel que la grande mosquée, le point nodal du vestige, jouit d’une zone de protection d’après la loi de protection du patrimoine 98-04 du 15-06-1998. Dans cette zone, les permis de construire doivent être régis par cette même loi, sauf que les autorités locales n’ont pas respecté ce texte, et c’est ce que nous dénonçons ! » indique-t-elle. D’après l’article 21, toute modification et tout projet de réhabilitation doit passer par l’approbation du ministère de la Culture. Actuellement, les permis de construire ne sont pas attribués dans le cadre de cette réglementation, mais sont malheureusement octroyés selon une autre loi toute antithétique. Du fait, des constructions illicites ont été érigées á l’intérieur même du périmètre de protection, devant l’indifférence flagrante des autorités locales et de la police de l’urbanisme, poursuit Mme Selami. « A mon avis, les autorités locales ignorent même l’existence de ce périmètre de protection, ce qui est inacceptable », dit-elle. Les autorités locales ne semblent pas, selon elle, s’intéresser au sort du patrimoine historique précieux, dont dispose la ville puisqu’il est laissé complètement à l’abandon. Ces deux opérations constituaient, selon elle, la seule clef pour la résolution des problèmes en suspens depuis plus de 25 ans concernant les 500 propriétés en attente de permis de construire et situées dans l’environnement immédiat de la grande mosquée. Les autorités locales ont annulé l’étude proposée par notre association, censée justement apporter une solution à ce grand problème, s’exclame-t-elle.

Un état des lieux déplorable
Les pierres et gravats entassés un peu partout, de l’intérieur jusqu’ à la façade externe, dans les placettes publiques et aux alentours de Mestaoua, témoignent des actes irresponsables et intolérables de vandalisme, dont est victime ce patrimoine ancestral qui remonte au passage de la tribu Mestaoua, une tribu Zénète qui composait la majorité de sa population. Après des années d’abandon, ce vestige est devenu un refuge pour les délinquants et les déviants. A l’exception de quelques bâtisses qui subsistent encore face au temps, aux aléas climatiques et au vandalisme, il ne reste presque plus rien du prestigieux Ksar Mestaoua. Les petites vieilles maisons, accrochées à Djamaâ El-Atiq (vieille mosquée) et qui se dressent encore majestueusement au milieu des décombres, révèlent l’histoire d’une civilisation qui régissait la région avant le XVe siècle. Aujourd’hui, complètement déserté par ses occupants et se trouvant dans un état de dégradation avancé suite aux agissements irrationnels et démesurés de la population locale, ksar Mestaoua crie à l’abandon.

Le socle de la capitale d’Oued Righ
Situé en plein cœur de la ville de Touggourt et juché sur une plaine sablonneuse, ksar Mestaoua constitue, en dépit de son état d’abandon, le cœur battant et le piédestal de la capitale d’Oued Righ, qui s’étale sur une superficie de 216 km2. D’une étendue de 6,4 hectares englobant environ 800 habitats (une densité de l’habitat estimée à 96 habitats/ha), la vieille ville de Mestaoua s’organise suivant un maillage radioconcentrique, résultat d’un couplage de deux types de maillages dont le rayonnant et l’arborescent. Ce legs est constitué de ruelles curvilignes qui convergent vers le pôle d’attraction. Il est composé en grande partie, de jardins et lieux de culte, à savoir Djamaa El-Kebir, connu aussi sous le nom de Djamaa El-Atiq (mosquée antique), de cinq écoles coraniques, de la zaouïa El-Hachimia. Outre un marché entouré d’un rempart s’ouvrant à l’extérieur par trois grandes portes, Bab Essalem, Bab-Lebled et Bad-Lakdar. Son implantation au sein du site à la base d’un talus entouré d’un fossé, accessible par trois portes, lui a attribué un caractère défensif qui a contribué à protéger la citadelle contre les incursions des ennemis. 

 

Ravage du vandalisme
Le vandalisme et les constructions anarchiques ont fait perdre à cette ville historique une grande partie de sa superficie. Un rétrécissement drastique a été constaté à partir des années 1990 réduisant sa surface à moins de 1,5 hectare mais qui doit être encore plus amoindrie depuis, avec le pillage systématique des placettes publiques et des bâtisses détruites et abandonnées. L’action humaine constitue le facteur essentiel de dégradation de ce patrimoine archéologique, seul témoin du passage des diverses civilisations et peuplades qui se sont succédé sur le lieu et qui ont laissé, chacune son cachet spécifique, architectural et urbanistique, représentatif du milieu désertique et de la culture de la population locale. Le développement urbain se fait au détriment de ce legs historique, en l’occupant petit à petit. Face à la croissance déchaînée de la ville, l’urbanisation qui a adopté des multitudes formes urbaines, se fait sans le moindre respect des techniques traditionnelles de construction ni du style opéré en milieu saharien. C’est ainsi que Mestaoua, à l’instar des autres ksour de la région, a perdu sa valeur architecturale typique. Parpaings, ciment, peinture et façades modernes ont remplacé le mode architectural traditionnel relatif au Sahara, conçu par les ancêtres. Il s’agit également et surtout d’une déformation urbanistique où la beauté et l’âme d’une ville, dont l’identité est tissée autour d’une palmeraie, sont gravement altérées.

Génie architectural en perdition
Cette citadelle en ruine est témoin d’une architecture rudimentaire mais somptueuse et intelligement conçue. Pour se défendre contre les rigueurs de la nature, les anciens ont opté pour une conception architecturale cohérente répondant aux spécificités du lieu et aux contraintes climatiques du milieu aride. Construit principalement en matériaux locaux, dont le gypse, les troncs de palmier et la pierre, le ksar témoigne non seulement de la capacité d’adaptation de l’homme à son milieu naturel le plus hostile, mais aussi de l’intelligence des anciens maîtrisant les techniques traditionnelles de l’architecture spécifique en milieu désertique, dans ses moindres détails. Le savoir-faire, la rudesse du climat, l’aridité du milieu, la richesse et la diversité culturelle et ethnique de ses occupants, l’organisation et la cohésion du tissu social régnant, sont autant de facteurs qui étaient à l’origine de cette prodigieuse conception citadine et architecturale. Malheureusement, cet acquis fut délaissé et complètement ignoré. La protection du Ksar Mestaoua en péril, contre les atteintes, sa conservation et sa rénovation représentent un enjeu culturel et historique majeur.
Au final, citons John Ruskin : «La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas. » Afin de souligner que la réhabilitation de ce vestige en perdition aidera à reconstituer le puzzle d’un passé collectif, d’une histoire d’un lieu et d’une civilisation qui a su, à travers des moyens primitifs, faire face aux plus rudes des conditions climatiques. Chaque coin et chaque pierre de ce lieu prodigieux est témoin des faits et des événements qui constituent l’histoire, celle de notre identité et notre patrimoine. Cet édifice ancestral, en attente de classification national, n’a jusqu’ici bénéficié d’aucune opération de restauration ni de réhabilitation, figure, à l’instar d’une quinzaine d’autres ksour, sur la liste additive de 2009 des biens et sites archéologiques proposés au classement national.