PAR MILINA KOUACI
Fin de non-recevoir pour la revendication de nombreuses organisations syndicales portant réhabilitation de la retraite anticipée. Ce qui n’a pas été sans susciter un sentiment de dépit parmi ces dernières réunies au sein de la Confédération des syndicats algériens (CSA), qui tiennent malgré tout à cette revendication que l’on dit très présente parmi les travailleurs de la Fonction publique.
En écartant donc la possibilité d’instituer à nouveau la retraite proportionnelle, que le gouvernement avait décidé d’abroger, en 2016, sous le poids de la contrainte financière, El Hachemi Djaaboub prend le risque de se rendre «coupable» d’attiser le front social déjà en ébullition. Dans les milieux syndicaux, on n’hésite pas à souligner que la déclaration ministérielle a suscité l’ire des travailleurs qui s’apprêtent à se mobiliser pour revendiquer, pour la énième fois, leur droit de départ à la retraite sans conditions d’âge, considéré comme un acquis social. Des organisations syndicales dénoncent constamment les conditions de vie et l’érosion du pouvoir d’achat qui accentuent le malaise social. «Qu’ils déclarent ce qu’ils veulent. Nous n’arrêterons pas de revendiquer notre droit de départ à la retraite anticipée», dit Abdelouah Lamri Zegar, porte-parole de l’Unpef, également membre de la Confédération des syndicats algériens (CSA).
Le ministre du Travail explique, en effet, que la retraite anticipée a été créée, en 1997, comme dispositif exceptionnel conjoncturel, en vue de faire face aux répercussions du plan d’ajustement structurel imposé par le FMI. Cette explication ne convainc pas cependant les membres de la CSA qui sont catégoriques. «La masse salariale n’est pas la cause du déséquilibre de la Caisse nationale des retraités (CNR)», poursuit M. Zegar.
Ce dernier accuse les autorités compétentes de constitutionnaliser une pratique «anticonstitutionnelle et discriminatoire». Il dénonce «une grave injustice» pour avoir créé un «fonds spécial de retraite» (FSR), réservé aux hauts fonctionnaires de l’Etat. «L’Etat a mis en place une caisse de retraite pour les misérables et une autre pour la classe plus aisée de la société», regrette M. Zegar. Pour lui, il s’agit d’une pratique «anticonstitutionnelle et discriminatoire». Il rappelle que les travailleurs cotisant au FSR peuvent bénéficier d’une retraite à 100% au bout de quatre années de service seulement, tandis que les simples salariés n’accèdent à leur retraite qu’après 32 ans d’activité et une fois l’âge de 60 ans atteint. Raison pour laquelle, il juge nécessaire «d’unifier le régime de retraite à travers l’annulation du régime FSR subventionné par le Trésor public».
Ainsi, les nouvelles déclarations du ministre du Travail, qui a écarté toute possibilité d’un retour à la retraite anticipée, révoltent les travailleurs. EL Hachemi Djaaboub a indiqué que la CNR n’a pas pu corriger le déficit structurel dont elle souffre, dû essentiellement, selon lui, à la hausse du nombre des bénéficiaires de la retraite.
Le porte-parole de l’Unpef exige, à ce propos, une révision du mode de gestion de la CNR, une transparence financière et un droit de regard sur son bilan financier. «La CNR doit communiquer aux travailleurs qui y contribuent ses résultats financiers vu que ses ressources financières sont prélevées des salaires des travailleurs», renchérit M. Zegar. Ce dernier accuse la CNR d’exploiter les cotisations des employeurs dans des projets de politiques sociales. «Les dirigeants de la CNR exploitent l’argent des travailleurs dans des projets politiques comme s’il était le leur et sans l’aval des travailleurs qui y contribuent», accuse M. Zegar, exigeant ainsi une transparence dans la gestion des fonds de la CNR.
Dans le contexte actuel, la CSA ne tardera pas à se mobiliser pour revendiquer, outre le droit à la retraite anticipée, la valorisation du point indiciaire et la préservation du pouvoir d’achat, ainsi que la création d’un observatoire national pour le protéger ainsi que la publication immédiate du récépissé d’enregistrement de la Confédération dont le dossier a été déposé en novembre 2018. «Les syndicats constituant la CSA sont en train de se concerter avec la base des actions à entreprendre pour faire valoir leurs revendications», conclut M. Zegar. n