Coup dur pour le Maroc dans le dossier du Sahara occidental. En l’espace de quelques heures, le royaume alaouite a essuyé mardi deux revers successifs qui discréditeront sans doute d’avantage la politique coloniale qu’il mène dans les territoires sahraouis, à l’encontre du peuple sahraoui et de ses hauts responsables.

Par Feriel Nourine
Entre la décision prise par la justice espagnole de classer sans suite les plaintes déposées contre le président sahraoui, Brahim Ghali, et le démenti en provenance de l’armée américaine concernant sa prétendue participation à des manœuvres dans les territoires occupés, les autorités marocaines continuent à collectionner les camouflets sur la scène internationale alors que sur le terrain des manœuvres guerrières, leur armée se heurte à une riposte sans faille.
Dans le cas des deux plaintes déposées contre le chef du Front Polisario, dont la présence en Espagne pour soins contre la covid-19 a provoqué une crise majeure entre Madrid et Rabat, l’affaire s’est soldée par un classement sans suite après que le juge près la Haute cour d’Espagne – ayant entendu M. Ghali mardi soir – dans le cadre de deux plaintes le visant pour «tortures» et «génocide», a décidé de ne prendre aucune mesure coercitive à son encontre.
Le magistrat a justifié sa décision par le fait que «le rapport de l’accusation (…) n’a pas apporté d’indices» montrant que le chef du Polisario est «responsable d’un délit».
De quoi décevoir certainement les parties plaignantes qui réclamaient la confiscation de son passeport et sa mise en détention provisoire. Derrières les deux plaintes déposées, les autorités sahraouies n’ont aucune peine à déceler un nouveau scénario créé de toutes pièces par les services marocains, assure les autorités sahraouies, afin de porter atteinte à la lutte du peuple du Sahara occidental.
«La volonté de l’occupant marocain d’exterminer le peuple sahraoui (…), la confiscation de ses droits et l’annexion de sa terre sont les motivations à l’origine des récentes actions incontrôlées du Makhzen alaouite qui pense pouvoir faire passer sa propagande mensongère», a indiqué un communiqué de la Présidence de la République arabe sahraoui démocratique (RASD), rendu public le jour même.
La présidence sahraoui signale, en outre, que le président Brahim Ghali, «n’ayant rien à dissimuler» avait accepté de répondre volontairement aux questions du juge espagnol. L’interrogatoire s’est déroulé par visioconférence, faut-il le préciser.

Ghali libre de ses mouvements
Mardi soir, quelques heures après la décision de la justice espagnole, le ministère espagnol des Affaire étrangères a annoncé que Brahim Ghali allait quitter l’Espagne depuis l’aéroport de Pampelune. Hier, très tôt le matin, le président sahraoui se trouvait à Alger. Il a été admis à l’hôpital militaire Mohamed Seghir Nekkache de Ain Naadja à Alger où il poursuivra sa convalescence où il a reçu la visite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en compagnie du chef d’Etat-Major de l’Armée nationale populaire (ANP), le Général de Corps d’Armée, Saïd Chanegriha.

Pas d’exercices militaires américano-marocains dans le désert du Sahara occidental
Le deuxième coup dur encaissé par le Maroc est venu du Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom). Celui-ci a démenti les propos du chef du gouvernement marocain Saad-Eddine El Othmani qui a indiqué que les exercices militaires américano-marocains «African Lion 2021», prévus du 7 au 18 juin courant, auront lieu en partie dans le désert du Sahara occidental occupé.
Le porte-parole de l’Africom, le colonel Christopher Karns, a déclaré que les exercices se dérouleront «à travers le Maroc, de la base aérienne de Kenitra, au Nord, à Tan-Tan et au complexe d’entrainement de Guerir Labouhi au sud», soit dans les frontières internationalement reconnues du royaume, excluant les territoires sahraouis occupés.
De son côté, une porte-parole du Commandement central de l’Africom, Bardha Azari, a affirmé mardi à l’agence de presse espagnole (EFE) que les exercices s’étendent «de la base aérienne de Kénitra, au Nord, aux zones d’entrainement de Tan-Tan et Guerir Labouhi au Sud».
«Il n’y aura pas de manœuvres conjointes au Sahara occidental dans le cadre des manœuvres ‘African Lion 2021’ auxquelles des forces américaines participeront», a déclaré, pour sa part, le chef de la diplomatie sahraouie, Mohamed Salem Ould Salek.
«Elles vont se dérouler au sud du territoire marocain et à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du Maroc», a-t-il assuré.
Dans un tweet, le chef du gouvernement marocain avait soutenu que les manœuvres militaires internationales allaient se dérouler en partie dans les territoires sahraouis occupés «consacrant», selon lui «la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental» occupé. Un tweet qui a été supprimé dans la journée de mardi.
L’édition 2021 des manœuvres conjointes de l’Africom réunira 7.000 soldats de neuf pays du 7 au 18 juin prochain, indique le site du commandement américain.