De Paris,JACKY NAIDJA ET INES ILIANA
«Nous sommes dans un pays où la langue arabe devrait être la reine ». C’est par ces mots devant la presse, à propos de l’annonce de la parution de son livre sur l’apprentissage de la langue arabe dans l’enseignement en France, que l’ancien ministre de la Culture de François Mitterand et actuel directeur de l’Institut du monde arabe à Paris (l’IMA) avec sa grande vocation culturelle, tente d’expliquer comment la langue arabe parmi les langues à l’école doit être vue, apprise et parlée.

En souhaitant redonner toute sa place à la langue arabe, malgré certaines réticences de nombreuses corporations qui n’auraient de cesse de pourchasser cette langue médiatiquement et culturellement, Jack Lang en publiant un véritable manifeste s’engage dans un nouveau combat qu’il entend mener contre les extrémismes et les islamismes de tous bords. Ramenant sans cesse son regard sur le monde culturel avec une question de vérité qu’il expose ardemment et lucidité dans cet ouvrage, où il propose d’enseigner la langue arabe à l’école. Un effet aussi destiné à affaiblir les séparatismes où qu’ils soient. Un plaidoyer ambitieux, courageux, traversé par d’excellentes références historiques qui vont jusqu’à justifier toute son analyse clairvoyante. Parce qu’il est urgent, selon lui, « d’arracher cette langue aux religieux et aux thuriféraires du communautarisme, car l’arabe peut être le pilier d’un véritable plurilinguisme ». Une façon de lui redonner tout son prestige en développant un enseignement digne à l’école et de rappeler en l’occurrence que « l’arabe est avant tout un véhicule de culture et de beauté, une langue de scientifiques, d’artistes, d’entrepreneurs ». Si elle est la 5e langue la plus parlée au monde, « elle demeure néanmoins, en France, la langue à la résonnance sulfureuse, insuffisamment enseignée et en permanence au centre de nombreuses polémiques qui freinent sa perception ». Jack Lang, de par ses qualités intellectuelles, d’homme de lettres et de droit va au plus profond de lui pour faire place nette dans son livre à toute l’histoire et la richesse d’une langue arabe, introduite depuis des siècles en France. L’auteur, dans cet ouvrage dense de 118 pages, écrit avec justesse, en plus de rendre un hommage à cette langue, plaide pour que l’Ecole de la République lui accorde toute la place à son enseignement. Un manifeste dont l’ambition première réside dans son engagement pour la reconnaissance d’une langue, dans l’intérêt d’une plus large ouverture culturelle au bénéfice du plurilinguisme. Il livre un document essentiel pour une politique culturelle à édifier à l’avenir, avec en vue cette restitution d’un patrimoine dont peut s’enorgueillir tout autant la France que les Français, invités à s’investir pleinement dans sa pérennisation. L’auteur signale par ailleurs que les bénéfices tirés de ce livre seront intégralement versés à l’Institut du monde arabe, autre fleuron culturel qui anime la vie parisienne avec ses grandes manifestations littéraires et musicales du monde et ses meilleurs talents pour donner à la culture toutes ses lettres de noblesse.

(La langue arabe, trésor de France aux Editions du Cherche Midi, 118 pages, 12,50 euros, parution le 13/02/2020)