Dans son dernier roman, « la Vie et l’Œuvre du  troubadour kabyle, Moi, Si Mohand Ou M’hand, ma vie de bohème et de poèmes », Rachid Kahar revient sur le parcours atypique du poète d’expression kabyle dont la verve, de colère et d’amour, étonnamment résiliente face à l’adversité, continue de résonner plus d’un siècle après sa mort.

Par Rédaction Culturelle  
Après « Si Mohand Ou M’hand, la vaine musique du vent », paru en 2006, Rachid Kahar récidive en 2019 avec « Moi, Si Mohand Ou M’hand, ma vie de bohème et de poèmes », édité chez  Tafat, en 204 pages sur la vie tumultueuse de Si Mohand Ou M’hand rapporte l’APS. Ce  « épicurien notoire », né vers 1850, et qui, bien que lettré, refusait de transcrire, voire de répéter, ses poèmes après les avoir déclamés. « Qui les entendra, les écrira », avait tranché le poète qui ne dérogera jamais à la règle qu’il s’était imposée. Dans un récit déployé en vingt chapitres, le romancier tente de sensibiliser le lecteur à la beauté des « Isefra » (poèmes en tamazight) de Mohand Ou M’hand, à la densité de ses sentiments, à travers la traduction vers le français d’une quarantaine de ses poèmes replacés dans leur contexte historique, avec le souci particulier d’en conserver la sensibilité et le lyrisme. Prêtant sa plume au poète, à qui il confie la charge de revenir sur sa vie, l’auteur restitue par l’anecdote et des faits marquants les liens intimes entre le poète et son peuple. Des liens qui firent de l’un le témoin des malheurs de l’autre et le pourfendeur de ses travers, tout autant que le héros de ses espérances. Se racontant, l’aède revient sur les bouleversements qui ont secoué son enfance durant la deuxième moitié du XIXe siècle. De la conquête française de 1857 en Kabylie, jusqu’à l’assassinat du père et la dispersion de la famille, en passant par la destruction de son village natal et de l’école où il étudiait, rien n’aura été épargné au poète dans ses jeunes années. Et ce sont ces drames accumulés qui détermineront sa personnalité d’iconoclaste et de rebelle, réfractaire à l’ordre établi par « ce monde (qui) dégénère. Où les ladres prospèrent. Et où les preux sont gavés de déboires », et qui inspire tant de dégoût au poète. Déraciné, ne possédant plus rien, le jeune Mohand, écorché vif, se rendra vite compte qu’un « destin de poète errant l’appelait ». Maudit, il s’abandonne aux paradis artificiels, oscillant entre plaisirs et remords : « Maintenant, je suis égaré. Je pèche et je le fais exprès. Connaissant ta voie et m’en écartant ». La nostalgie de la terre natale, l’amour et l’amitié, le chagrin ou encore l’exil, autant de sujets évoqués que le lecteur retrouvera dans « Si Mohand Ou M’hand ». Dans des Isefra à l’aphorisme tout aussi percutant, il appréciera également la vision perspicace du poète sur son temps, sur les conditions d’existence des siens et l’avilissement de l’être humain soumis à un ordre impitoyable. Eternel nomade vivant de petits métiers, Si Mohand Ou M’hand, entreprendra un long périple qui le mènera, à pied, d’Alger à Tunis. Jusqu’à sa mort en 1906 dans un hôpital de sa Kabylie natale, le poète aura bravé tous les interdits en ce bas monde qu’il quittera « le cœur en peine et le visage délabré. Je suis prisonnier de ma destinée. Personne ne se souvient plus de moi ».  Pour rappel, les « Isefra » de Si Mohand Ou M’hand ont déjà fait l’objet de nombreuses autres publications par des auteurs algériens célèbres, à l’instar d’Amar n’Saïd Boulifa en 1904, Mouloud Feraoun en 1960, Mouloud Mammeri en 1969 et Younès Adli en 2000.