La salle de conférences du petit bijou architectural qu’est la nouvelle bibliothèque Mustapha-Nettour s’est révélée trop… vaste pour le public très réduit, qui s’est déplacé à la présentation et vente-dédicace du prolifique auteur Abdellah Hamadi. L’absence de communication a fait que l’événement n’a pas vu autant de présents qu’habituellement dans ce genre de rencontre. Dommage pour les absents.

C’est que le dernier ouvrage du docteur Hamadi, «Ben Badis, sira oua massira» (Ben Badis, attitude et parcours), a soulevé moult polémiques chez quelques islamistes, tenants de «l’héritage» culturel du cheikh, et la famille proche de Ben Badis. «Je ne voulais pas écrire quelque chose qui a déjà été dit sur Ben Badis. Je n’ai pas voulu faire dans la redondance. J’ai fait des recherches en essayant d’apporter un nouvel éclairage sur la vie du alam», nous dira Abdellah Hamadi. Dans son ouvrage, l’auteur ira puiser jusqu’au IXe siècle pour nous narrer les racines de l’imam. Les ancêtres de Ben Badis seraient des notables d’El Yachir, dans l’actuelle wilaya de Médéa, de la famille de Menad Benmahcène Ezziri, de la dynastie des Zirides, une dynastie amazighe qui a longtemps régné, entre autres, sur le Maghreb. Un de ses ancêtres, Badis, demandera la protection des Hafsides, au XIIIe siècle à Constantine, et de fait, sa descendance prendra comme patronyme son prénom. «Les Ben Badis sont sans conteste une grande famille constantinoise, très influente, et Ben Badis n’aurait pas eu les coudées franches pour s’inscrire en porte-à-faux avec les thèses colonialistes s’il n’avait pas eu une protection significative de son père.» Hamadi dira tout de go ce que certains auteurs affirmeront du bout de leur plume sur la protection polémique qui aurait été celle de l’imam. En effet, le grand-père de Abdelhamid, El Mekki, «un grand ami de la France», a été l’un des personnages les plus en vue de l’époque qui a ratifié et «recommandé» la présence française en Algérie à ses ouailles. «Il sera même décoré de la légion d’honneur par Napoléon III, de même que son fils, Mohamed Mostefa, père de l’imam, et ce n’est pas moi qui le dit, mais les documents de l’époque», affirmera Abdellah Hamadi. Il reconnaîtra quand même que le fait que Abdelhamid a été le seul de la fratrie des Ben Badis qui ne fréquentera pas les bancs de l’école française restera un mystère, puisque l’imam ne recevra son éducation qu’en langue arabe. «Peut-être que Mostefa voulait garder le pouvoir spirituel en spécialisant son fils en théologie ?» ajoutera-t-il. Le livre de Abdellah Hamadi n’est pas «un autre» livre sur Ben Badis. C’est un ouvrage qui ose, un ouvrage qui n’a pas peur de bousculer des idées reçues, un ouvrage qui va au-delà de la biographie pour pénétrer les méandres de l’histoire et essayer de démêler des écheveaux inextricables jusque-là. «Oui, Ben Badis a combattu les zaouias et la toroquia parce que l’administration française a corrompu les idées des religieux de l’époque. La preuve en est, ce manifeste de 1914 où les maîtres spirituels des zaouias affirment que la France protège l’Islam, et que le devoir des Algériens était d’aider cette France dans la Première Guerre mondiale. Ben Badis n’a pas combattu l’Islam, il a combattu ceux qui s’en sont servis pour des causes occultes», affirmera en fin de séance Abdellah Hamadi, le spécialiste de la poésie andalouse qui s’est «égaré» sur le chemin de l’écriture de l’histoire pour… notre plus grand bonheur ! Pour rappel, Abdallah Hamadi est un universitaire-chercheur, poète et interprète, détenteur de plusieurs prix nationaux et internationaux, notamment le Prix de la poésie arabe contemporaine en 2002, attribué par la société Saoud El Babitine pour son recueil «El Barzakh wa Sikine».