Le Front du changement, créé par Abdelmadjid Menasra en 2012 d’une dissidence avec le MSP,  sa formation d’origine, va être dissous pour rejoindre à nouveau le parti où il a fait ses débuts et l’essentiel de sa carrière politique depuis sa fondation par Cheikh Mahfoud Nahnah. Un tournant dont les conséquences sont de redistribuer les cartes au sein du paysage politique islamiste algérien et plus particulièrement au sein même du parti que dirige Abderrezak Mokri.

Pour annoncer cette décision, le leader du Front du changement (FC) a réuni son Majless Echoura, hier, en session extraordinaire. A cette occasion, il a annoncé à l’opinion publique ainsi qu’aux militants et cadres du Front du changement que les discussions et les tractations sur la dissolution du parti et de sa fusion avec le MSP, la « maison mère », n’a pas été un acte spontané ni précipité. « Les contacts et les discussions ont duré quelque 44 mois avant qu’on n’aboutisse à la décision de revenir au bercail », a précisé M. Menasra.
Pour le chef du Front du changement, «le
retour au MSP n’est ni électoral ni conjoncturel». Il est inscrit, a-t-il dit, dans une logique « intégrationniste »et « unioniste » « stratégique visant à rassembler les forces se réclamant et se reconnaissant dans la pensée et l’héritage du regretté Mahfoud Nahnah ». Cette logique, a-t-il poursuivi, a été validée à l’unanimité par le Majless Echoura du parti dans la nuit de vendredi à samedi derniers. Elle deviendra effective à l’occasion du congrès prévu en mai prochain pour procéder officiellement et selon les termes de la loi sur les partis à la dissolution officielle et solennelle du « Front ».
« Nous avons une loi sur les partis qui consacre la dissidence et par l’unification des partis », a ironisé à ce sujet M. Menasra qui a souhaité que l’intégration au MSP s’effectue immédiatement. D’ici le congrès de mai prochain, sa formation désormais promise à la disparition et le parti d’Abderazak Mokri feront liste commune pour les législatives du printemps prochain et battront la campagne ensemble. «Nous irons aux prochaines élections législatives avec des listes communes et sous la bannière du MSP. La procédure d’intégration au sein du MSP fera l’objet d’un congrès consensuel prévu en mai 2017», a expliqué Abdelmadjid Menasra.
La fin du Front du changement marque la fin d’une tentative de son leader à s’imposer sur la scène politique nationale et d’obédience islamiste modérée en particulier, mais sans succès. Elle signale aussi l’ouverture d’une nouvelle page du MSP et d’une redistribution des cartes au sein de son appareil dirigeant. Il est de notoriété publique qu’Abdelmajid Menasra a quitté son parti d’origine pour en créer un autre après un profond désaccord avec Abou Djerra Soltani, aux commandes à l’époque.
Sous réserve d’une meilleure appréciation des rapports de force à l’intérieur de la formation, son retour devrait bénéficier à l’actuel leader Abderrezak Mokri dont on dit qu’il n’est pas souvent d’accord avec les orientations et les choix de M. Soltani.
Pour bon nombre observateurs de la scène politique nationale, le grand vainqueur de cette fusion reste le chef actuel du MSP,
Abderrezak Mokri, qui verra ses idées davantage défendues et bénéficiera du surcroît du potentiel militant que va apporter M. Menasra après avoir décidé de « tuer » son parti. Ce que n’a pas fait, par exemple, un autre ancien ténor et figure historique du MSP, Ahmed Dane. M. Dane, qui dirige le mouvement Al Binaa, a choisi l’option d’une « alliance stratégique » avec Ennahda et le Front pour la justice et le développement (FJD).
« L’unité des rangs que nous annonçons aujourd’hui (hier ndlr), dans la conjoncture difficile que traverse le pays, est un acquis important non seulement pour la nation mais aussi pour une Algérie qui fait face aux éclats de la fitna», a enchaîné M. Menasra.
Le Majless Echoura du Front du changement s’est réuni hier en session extraordinaire afin d’adopter la feuille de route pour le processus de réunification avec le MSP. Etaient présent à la rencontre le président du Majless Echoura du MSP Aboubekr Guedouda ainsi que les cadres du MSP, Djaâffar Chelli et Abdelkrim Dahmane.