Par Nadir Kadi
Le secrétaire général du Front des forces socialiste (FFS), Youcef Aouchiche, a longuement expliqué, hier, les motivations de son mouvement politique, bien décidé aujourd’hui à «prendre part» aux élections locales anticipées du 27 novembre prochain, alors qu’il avait boycotté les législative du 12 juin.
En effet, interrogé par la chaine 3 de la Radio nationale, Youcef Aouchiche, qui fait savoir que «le FFS a décidé de prendre part au prochain scrutin anticipé après un très large débat, notamment au sein du conseil national du parti (…) Nous avons décidé de prendre part au scrutin à l’unanimité», ajoute que l’une des principales raisons derrière ce choix serait en substance la distinction entre les législative et les locales, ces dernières étant jugées plus «proches du peuple». Par ailleurs, le premier responsable du FFS a également fait savoir hier que son mouvement demande à ce que le champ des prérogatives des élus locaux évolue vers plus de liberté d’action. «Les codes des communes et de wilayas freinent les initiatives au niveau local (…) Les mains des élus sont attachées, ils n’arrivent plus à apporter de réponses concrètes aux doléances des citoyens», a-t-il déclaré.
En effet, responsable à la tête d’un parti historiquement ancré parmi l’opposition, Youcef Aouchiche a avancé plusieurs raisons qui auraient motivé les cadres du FFS à acter la participation au scrutin local. Ainsi la situation générale du pays serait jugée sensible, notamment en Kabylie. «La conjoncture que vit le pays est très difficile», précise ainsi Y. Aouchiche, avant d’ajouter que la participation est un moyen de faire face aux «dangers qui planent sur la continuité de l’Etat national (…) et l’unité et l’intégrité du territoire». Et à ce titre, en réponse à une question sur l’origine des dangers qu’il dénonce, le secrétaire général du FFS explique, plus précisément à propos de la Kabyle, ou le parti est particulièrement ancré, «il y a des schémas qui visent à singulariser la Kabyle et l’isoler du reste du pays (…) Cette région a déjà subi les affres de plusieurs manœuvres du fait du pouvoir ou de forces hors du pouvoir». Et dans ce contexte, le FFS «en tant que parti patriotique et nationaliste estime qu’il est de son devoir de s’engager dans la voie de la préservation de l’unité nationale et l’instauration d’un climat de sérénité et de paix» contre les forces «qui essayent de stigmatiser la Kabylie en jouant et en exploitant la fibre de l’appartenance linguistique et culturelle». Ces mêmes «forces» englobent, pour Youcef Aouchiche, «tous les extrémistes qui œuvrent à semer la haine et la division entre le peuple d’une même nation».
Quant à la raison plus politique et terre à terre qui motive, aujourd’hui, le FFS à prendre part au scrutin, il s’agirait, selon les dires du responsable, de la nature même d’une élection locale, beaucoup plus proche du peuple. Ainsi, Youcef Aouchiche, qui rappelle que son parti a participé à toutes les échéances locales depuis l’instauration du multipartisme «à l’exception de celle de 1990», explique qu’il participe en raison de sa «proximité avec la population (…) Les institutions locales nous permettent et nous donnent l’opportunité d’être en contact permanent avec nos concitoyens». La position d’élu local donnerait dans cette logique «un espace de lutte qui permet d’accompagner et d’être à l’écoute des citoyens, de faire valoir leurs préoccupations quotidiennes. C’est cela la force des élus locaux, même si leurs prérogatives sont parfois très réduites». Concernant ce dernier point, le responsable donne déjà la teneur de la campagne électorale et les propositions du FFS : «Nous avons demandé à plusieurs reprises d’apporter en urgence des changements importants dans les codes (…) Il faut donner plus de liberté aux élus, plus de pouvoir notamment en ce qui concerne la fiscalité locale mais aussi dépénaliser l’acte de gestion».
Responsable politique qui annonce également que le FFS prépare actuellement son 6e congrès, Youcef Aouchiche a longuement insisté sur le caractère national du mouvement. Ainsi il fait savoir que le mouvement présentera, le 27 novembre, des candidats sur l’ensemble du territoire : «Ce n’est pas toujours facile, mais nous avons donné des orientations claires à nos fédérations et nos sections pour constituer des listes dans chaque région (…) Notre ambition à travers cette élection est d’être représenté à l’échelle nationale, cela reflète nos positions, notre ancrage et notre engagement en faveur du pays». Quant à ces «difficultés» qu’il dénonce et qualifie «d’entraves», elles apparaissent – au moins – comme des contraintes logistiques : «Parfois nos militants ne trouvent même pas de lieux pour se réunir. Nous avons soulevé cette question et avons demandé des locaux. Mais il arrive qu’on soit confronté à la bureaucratie de l’administration qui fait en sorte d’isoler tous ceux qui peuvent apporter un plus au pays.»