Le ministre de la Santé a annoncé la tenue d’assises nationales sur la réforme du système sanitaire, les 21 et 22 décembre prochain, dans «le but de donner un bon qualitatif au secteur», toutefois, les partenaires sociaux sont partagés sur la question de leur participation à ces rencontres.

Par Sihem Bounabi
En effet, si certains syndicats de la santé ont déjà participé aux assises locales et régionales et comptent participer «activement» aux assises nationales, d’autres préfèrent s’abstenir, à l’instar de la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS), regroupant huit syndicats, à savoir le Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), le Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP), le Syndicat national des professeurs de l’enseignement paramédical (SNPEP), le Syndicat autonome des biologistes de la santé publique (SABSP), le Syndicat des infirmiers algériens (SIA), le Syndicat autonome des auxiliaires médicaux en anesthésie et réanimation de santé publique (Snaamarsp), le Syndicat autonome des sage-femmes algériennes de santé publique (Snasfasp), le Syndicat national algériens des psychologues (Snapsy).
Le coordinateur de la CNSS, Salah Laouar Abdelhamid, également président du SNMGSP, avait annoncé, lundi dernier lors d’une conférence de presse, que les huit syndicats qui ont déjà boycotté les Assises locales et régionales boycottent également les Assises nationales. Expliquant qu’«il y a des outils qui existent depuis plus de trois ans, qui sont les lois sanitaires, la carte sanitaire et la réforme hospitalière, qui a été validée au mois de mai dernier par le Conseil des ministres. Nous attendons leur mise en application ainsi que les textes d’application». Les représentants des huit syndicats de la santé, présents lors de la conférence de presse, sont unanimes pour déclarer que ces rencontres sont «une perte de temps», ce qui est demandé «a été fait, il y a sept ans. C’est-à-dire un état des lieux du système de santé, le diagnostic et nos propositions».
Les membres de la Coalition des syndicats de la santé sont étonnés et ne comprennent pas pourquoi le ministère de la Santé veut «perdre du temps» à faire le même travail qui a été déjà été fait il y a plusieurs années, alors qu’il «suffit tout simplement de mettre en application les textes réglementaires et d’appliquer la loi sanitaire, la carte sanitaire et réforme sanitaire». Il est également précisé, à propos de la position commune des huit syndicats, de ne pas assister à ces Assises. «Il ne s’agit pas de refuser de se rencontrer pour discuter et échanger sur le secteur de la santé, mais à quoi sert-il de se rencontrer pour faire des choses qui ont déjà été faites et qui n’ont pas encore été appliquées ?»
A l’inverse, d’autres syndicats de la santé considèrent que ces Assises sont une opportunité de mettre en évidence les propositions de la base pour améliorer le secteur de la santé.
Le Pr Kamel Hail, vice-président du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu), estime que «c’est important de participer, puisque l’on demande les avis des professionnels de la santé. Tout le monde est concerné, que ce soit le corps administratif, les corps communs, les praticiens médicaux et paramédicaux».
Concernant le déroulement des Assises locales et régionales, il explique qu’«il y a eu sept ateliers où il fallait donner son point de vue sur les choses qui marchent et celles qui ne marchent pas ainsi que les différentes perspectives». Il ajoute que «lors des locales, nous avons donné des suggestions qui ont été prises en considération dans le rapport local, qui a été ensuite transmis dans le rapport régional. Et là, on attend les Assises nationales, qui vont se dérouler fin décembre, et où, pratiquement, les différentes commissions régionales vont donner leurs propositions et sortir avec des propositions nationales».
Il précise que lors de chaque atelier, il y avait une trentaine de propositions qui ont été faites. Lors de ses assises nationales, il va y avoir une commission nationale pour voir les points divergents et convergents des différents rapports et ensuite sortir avec un dernier rapport qui sera la mouture finale de ces assises nationales qui sera proposée au ministère de la Santé. Le Professeur Kamel Hail tient à souligner que ce qui est important dans ces assises, c’est qu’«on ne nous a pas fait de propositions pour nous demander notre avis, on nous a demandé de faire des propositions qui pourraient améliorer le secteur de la santé. C’est évident que l’on fasse nos propositions pour espérer avoir du changement et c’est une opportunité pour exprimer notre opinion».
Contribuer à la réflexion sur le système de la santé
Pour sa part, Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique, souligne, à propos du choix du syndicat qu’il représente de participer à ses assises : «Cela nous concerne au premier plan, en tant que professionnels et partenaires sociaux et, aussi, en tant que citoyens. Ce serait maladroit de notre part de laisser passer une occasion pour apporter notre critique à tout ce qui se fait dans le système de santé ainsi que des propositions pour apporter des solutions aux différents problèmes rencontrés dans la mise en place de ce système.»
Il estime également qu’être partie prenante de ces rencontres, c’est de pouvoir aussi «remettre en cause éventuellement des décisions ou des situations qui n’ont pas fait l’objet de discussions et, éventuellement, intervenir si les pouvoirs publics et la tutelle ne respectent pas les recommandations de ces Assises». Selon le Dr Lyes Merabet, il faut faire la part des choses entre les revendications socioprofessionnelles, la relation entre partenaire social et ministère de la Santé et «la question fondamentale de contribuer à la réflexion sur le système de la santé qui, elle, est au-dessus de toutes ses considérations». Le président du SNPSP ajoute à ce propos : «Je respecte la décision de ceux qui ont décidé de boycotter les Assises, mais je tiens à dire que ce serait maladroit de notre part de jouer à l’abstention ou au boycott. Cela fait des années que nous demandons, en tant que professionnels du secteur et syndicat, la nécessité d’aller vers des réformes profondes du système de santé et dénonçons qu’il n’y ait pas de volonté politique et les discours creux.» «Aujourd’hui, nous considérons qu’il y a une volonté politique affichée au premier niveau à travers le chef de l’Etat, répété à chaque fois par le Chef du gouvernement et porté, actuellement, à haute voix par le ministre de la Santé. Je pense que c’est une opportunité à travers laquelle nous pouvons tous contribuer pour apporter des solutions».