Par Nadir Kadi
La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) est intervenue, hier, à l’occasion de la célébration de la «Journée internationale de la liberté de la presse». Mme Louisa Hanoune a ainsi débuté son propos par une critique de la «situation sociale et économique» des acteurs de la corporation. La responsable soulignant que les «journalistes font partie de la classe des travailleurs» et sont de ce fait concernés «par les mêmes problèmes que les travailleurs algériens». La majorité des journalistes pour Mme Hanoune, notamment «les pigistes, les correspondants ou ceux qui ne sont pas déclarés… vivent des situations critiques (…) les salaires ne sont pas payés. Et quand ils le sont, ils sont très bas». Une situation qui ne concernait toutefois pas les patrons de presse : «Comme la majorité écrasante des travailleurs, les journalistes ont les plus bas salaires (…) Auparavant, on parlait d’améliorer les conditions de vie des journalistes, mais bien sûr il y a une différence entre le journaliste et le directeur d’un journal.»
Pour la responsable du PT, la situation socio-économique des journalistes serait encore aggravée par la nature de leur travail. Mme Hanoune explique : «… Le plus grave est toutefois la répression pratiquée contre les journalistes (…) il y a des arrestations de journalistes alors que nous avions arraché, en 2016, la suppression du délit de presse». En ce sens, la responsable rappelle, «il y a des arrestations et même des jugements, et le dernier en date est le journaliste Rabah Karèche, correspondant de Liberté à Tamanrasset (…) Il a fait son travail en couvrant la situation dans la région.» Une arrestation dont le but serait pour Mme Hanoune «la paralysie de la plume libre et de la parole libre, pour priver l’opinion du droit à l’information (…) Comme si la répression et la domestication des médias pouvaient stopper un processus révolutionnaire (…) Au contraire, cela nourrit la colère».
Rappelant dans la même logique les «luttes contre le parti unique» conduites par des journalistes avant 1988, la responsable du PT a fait savoir que la presse «a été l’un des élément du processus révolutionnaire du 22 février 2019 (…) La couverture des manifestations a joué un rôle central dans la sensibilisation de l’opinion publique national et internationale sur l’évolution du processus révolutionnaire pacifique algérien». Cette liberté de parole aurait toutefois disparu au fil des manifestations : «Malheureusement, le pouvoir, qui a pris les rênes, a embrigadé la majorité des organes de presse et les a transformés en outils de propagande et de désinformation. Sans parler bien sûr des médias publics qui sont presque revenus à la situation d’avant-octobre 1988.» En ce sens, Mme Hanoune a fait hier la distinction entre le nombre d’organes de presse et la diffusion de la liberté de la presse : «On nous dit que l’augmentation du nombre de journaux et de journalistes fera augmenter la liberté de la presse (…) Dans les faits cela ne garantit rien, ni la liberté ni même la qualité ni l’objectivité de l’information.»
Situation de la presse qui serait encore rendue difficile, en Algérie et dans le monde, par la crise sanitaire, mais surtout des mesures de luttes décidées par les responsables politiques, Mme Hanoune a en ce sens dénoncé «l’utilisation» de la pandémie par «des gouvernements» pour porter atteinte aux libertés individuelles. Un phénomène mondial pour la responsable du PT qui explique que dans tous les pays «où les gouvernements travaillent pour les intérêts capitalistes d’une minorité» dont «les producteurs de médicaments». Ces gouvernements feraient également «pression sur les médias pour ne pas donner la parole à ceux qui tiennent un discours scientifique sur la Covid (…) ils veulent politiser la crise».
Le discours de la responsable politique, retransmis via les réseaux sociaux du PT, a par ailleurs été l’occasion d’une réaction à l’actualité, et plus précisément à la manifestation des agents de la Protection civile : «Hier (dimanche, NDLR), nous avons assisté à des scènes choquantes, laides, odieuses, indignes de notre pays (…) Dans tous les pays du monde la Protection civile a une place particulière.» Mme Hanoune indique ainsi que son mouvement «dit avec clarté que les agents de la Protection civile ont le droit de défendre leurs revendications, ont le droit de les poser de façon pacifique et démocratique comme cela a été le cas (…) Nous dénonçons la répression qui leur a été faite». <