La secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT) a dénoncé, hier, la «chute du pouvoir d’achat» des travailleurs algériens. Louisa Hanoune, dans sa traditionnelle allocution du 1er Mai, a en ce sens estimé qu’il était difficile cette année de célébrer la fête du travail.

Par Nadir Kadi
«Dans des circonstances normales, il existe une classe moyenne (…) mais, aujourd’hui, dans notre pays, elle est tombée dans la pauvreté, à l’exception de ceux qui étaient déjà de ‘nouveaux riches’». Faisant en ce sens savoir qu’en ce 1er mai 2021, «les travailleurs algériens traversent la plus difficile situation sociale depuis des décennies (…) C’est une descente aux enfers causée par les politiques d’austérité», c’est toute l’orientation économique choisie par l’Algérie qu’a dénoncé Mme Hanoune. Une orientation vers l’économie de marché qui se poursuit en Algérie «accélérée par la loi de finances 2014 et se poursuit encore aujourd’hui», alors qu’elle a montré ses limites : «Depuis la crise sanitaire, tous les régimes et gouvernements qui travaillent pour les intérêts du système capitaliste ont été mis à nu (…) Jamais auparavant, nous n’avons vu à quel point ce système pousse l’humanité vers la barbarie.»
Ainsi la secrétaire générale du PT, tout en dénonçant les «mesures sanitaires» attentatoires aux libertés, «en Europe des gouvernements instrumentalisent la Covid-19 pour imposer des politiques antisociales et antinationales qui détruisent les droits acquis depuis des siècles». La responsable du PT poursuit également sa critique avec le cas algérien, en faisant savoir que la conséquence est la «casse» sociale et économique bien plus importante que ne reconnaît le gouvernement. «On parle de 500 000 emplois perdus, mais ce chiffre est faux. Des études sérieuses estiment les pertes à des millions d’emplois (…) 1,6 million d’emplois ont été perdus pour les seuls travailleurs indépendants dans les secteurs du commerce, de la restauration, de l’hôtellerie, des salles de fêtes, du tourisme, des travaux publics… sans oublier les 100 000 travailleurs des entreprises des anciens oligarques (…) Des entreprises en voie d’être liquidées». En ce sens, Louisa Hanoune a demandé, hier, l’instauration d’un système permettant l’augmentation des salaires : «Devant une telle descente aux enfers, devant la dépréciation de la monnaie nationale, la détérioration du pouvoir d’achat (…) il devrait en principe être posée la question de l’échelle mobile des salaires et des pensions de retraite. C’est-à-dire que les salaires devraient augmenter automatiquement en parallèle de la baisse du pouvoir d’achat (…) Le pouvoir protège la consommation et la production et de ce fait protège l’économie.»
Responsable politique pour qui le «système capitaliste», le «libéralisme économique» et la «mauvaise gestion de la crise sanitaire» vont de paire. Mme Hanoune en tient notamment pour preuves le manque d’oxygène auquel a dû faire face le système de santé en Algérie : «Nous avons vécu depuis le début de cette crise le manque d’oxygène à tel point que des familles ont acheté l’équipement par leurs propres moyens, alors que le droit à la santé existe.» Une situation qui aurait pu être évitée grâce à l’ancienne Entreprise nationale des gaz industriels, explique le responsable du PT : «L’entreprise nationale des gaz industriels était une pépite parmi les entreprises nationales, elle garantissait l’autosuffisance et exportait (…) Mais en 2006, le ministre de l’Industrie de l’époque Abdelhamid Temmar, a imposé la privatisation contre l’avis des syndicats». Rappelant ainsi que «65% des parts ont été vendues à l’entreprise allemande Linde (…) La vente de l’ENGI était un pillage, ceux qui l’ont permis ont commis un crime et le gouvernement n’a toujours pas corrigé cela». Louisa Hanoune a demandé au gouvernement de «nationaliser l’ENGI, ce serait légitime et légal parce que la vente était un vol». Discours très critique quant à l’action du gouvernement en ce qui concerne la gestion de la crise sanitaire, la responsable du PT dénonce dans la même logique la gestion des manifestations populaires, «une répression globale, surtout ces dernier jours», précise ainsi la responsable à propos du vendredi 30 avril. «Nous avons constaté une brutalité policière inquiétante (…) il y a eu des dizaines d’arrestations. Le PT réaffirme que le respect des libertés démocratiques et syndicales, mais aussi le respect de la souveraineté populaire, sont les moyens de protéger la nation des dangers intérieurs et extérieurs». Quant au «front» social, aux revendications et manifestations des travailleurs du secteur de la santé et de l’éducation, Louisa Hanoune estime que «les travailleurs et les employés n’en peuvent plus, ils se défendent, durcissent leurs luttes». La responsable met par ailleurs en garde : «Toute atteinte aux droits démocratiques et syndicaux est un facteur de désordre (…) Seule la satisfaction des revendications socio-économiques légitimes des travailleurs et des larges couches (…) est à même de préserver le tissu social, la stabilité et l’intégrité de la nation.» <