Par Nadir Kadi
La secrétaire générale du Parti des travailleurs Louisa Hanoune est intervenue, hier, en marge de la «session du bureau politique PT». La responsable politique, qui a consacré une large partie de son allocution aux récents développements en Palestine, a également longuement abordé les «situations socio-économiques et politiques» algériennes, notamment la question de l’avenir de la politique de subvention. La responsable pour qui la «crise économique et sociale s’amplifie» a, en ce sens, mis en cause la gestion du gouvernement qui aurait conduit à l’apparition de signes de «délitement et de violence sociale» durant le mois de Ramadan : «Il est aujourd’hui clair que la pauvreté se répand, que la consommation recule, que le pouvoir d’achat s’effondre chaque jour (…) la majorité du peuple algérien fait face à la pauvreté.»
Abordant le projet de loi de finances complémentaire, Louisa Hanoune laisse entendre que ce texte reste trop timide : «Il était légitime de penser que cette loi de finances complémentaire allait prendre des mesures pour stopper cette descente aux enfers et amorcer le sauvetage de la relance économique, et donc sociale (…) Nous avons enregistré certaines mesures en faveur des entreprises et de catégories sociales, telles que les salariés, mais elles sont très limitées et ne concernent pas la hausse des salaires ou la création de nouveaux postes d’emplois.» Quant à la question, sensible, de l’avenir de la politique de subvention et de transferts sociaux, Mme Hanoune, pour qui «certaines» subventions sont menacées, «le gouvernement a décrété la levée des subventions de l’Etat sur les produits de première nécessité et de services publics (…) Cela va pousser la majorité de la population dans la misère», a mis en garde hier contre les conséquences d’une telle action : «La suppression des subventions est l’équivalent d’une déclaration de guerre contre la majorité de la population. Cela va accélérer le rythme de la récession (…) Ce qui pousse le pays vers le chaos et la ‘somalisation’». Le remplacement de la politique actuelle par des «subventions ciblées» ne serait pour la secrétaire générale du PT qu’un argument de communication politique : «Ce qu’ils appellent la subvention ciblée (…) n’a réussi dans aucun pays.»
Responsable politique qui a, dans cette même logique, fait savoir que le PT soutient «toutes les catégories sociales qui demandent l’amélioration du pouvoir d’achat par l’augmentation des salaires et du point indiciaire», notamment dans le secteur de l’Education, la Poste, la Protection civile…
Inquiétude sur les manifestations populaires
L’intervention de Mme Hanoune a d’ailleurs été l’occasion d’exprimer son point de vue sur le lendemain d’un vendredi de manifestation : «Hier, nous avons vu des scènes dignes d’un pays en guerre ou en situation de siège (…) Il y a eu des centaines d’arrestations dont des dizaines de femmes dans plusieurs wilayas.» La secrétaire générale du PT ajoute plus loin : «Nous sommes très inquiets par la répression des manifestations populaires, des manifestations des étudiants, des arrestations par centaines et des peines de prison par dizaine en une journée la semaine dernière (…) A croire que la justice est devenue une machine de répression.»
Par ailleurs, et dans un tout autre registre, Louisa Hanoune, qui a dénoncé hier ce qu’elle considère être une «utilisation des médias publics pour diaboliser toute idée politique différente des points de vue du pouvoir et pour déverser une propagande horrible et grotesque», a répondu à la récente intervention du président du parti Jil Jadid, Djilali Soufiane, dans l’émission de la Chaîne III «l’Invité de la rédaction». Mme Hanoune estime que le PT a été attaqué : «(Djilali Soufiane) a décidé de participer à l’élection (…) mais il est étrange qu’au lieu de présenter les raisons de sa participation et son programme, il les justifie par son opposition contre ceux qui ne participent pas. Ce sont de drôles de moeurs (…) Mais le plus grave est que la journaliste lui dit : ‘vous faites allusion au Parti des travailleurs ?’ Ce à quoi il répond : ‘pas seulement lui’’. C’est-à-dire le PT et d’autres (…) Pourquoi Souhila El Hachemi et Djilali Soufiane s’attaquent à nous spécifiquement ?» Le PT aurait en ce sens demandé un droit de réponse à la Chaîne III de la Radio nationale.
La responsable politique qui a, par ailleurs, consacré le reste de son intervention à la situation en Palestine, explique en substance que le récent conflit avec Israël a montré que «le peuple palestinien avait décrété la fin des prétendues négociations de paix». Selon Mme Hanoune, «le peuple palestinien a réussi à arracher une victoire dans cette dernière bataille, ce qui veut dire qu’il est capable d’en gagner d’autres dans la guerre pour la libération de toutes ses terres» et a par ailleurs dénoncé l’immobilisme international. Ainsi la secrétaire générale du PT constate «la non-intervention (…) dont celle de la diplomatie algérienne» ; cette même diplomatie algérienne qui ne doit pas, selon Mme Hanoune, «imposer au peuple palestinien les frontières de 1967 ou Jérusalem-Est comme capitale d’un Etat imaginaire (…) parce que la solution à deux Etats est un mensonge». n