La solution du partenariat public-privé (PPP), proposée dans le cadre de la Tripartite par le gouvernement d’Ahmed Ouyahia pour booster la production nationale et accélérer la réforme de l’économie nationale ne fait pas consensus parmi les experts économiques algériens.

Pour certains, ce mode de gestion a prouvé ses limites dans d’autres pays, notamment en France. Ils estiment également que les entreprises publiques souffrent de plusieurs maux qui les rendront « illégales » à tout partenariat, qu’il soit avec le privé national ou étranger. A la tête de cette pensée, on trouve l’expert économique Abderrahmane Mebtoul. Pour lui, il n’y a rien à attendre du projet du gouvernement qui sera « sans aucun doute » un échec. Il présente une série d’arguments pour appuyer sa vision.
« Le PPP s’applique dans des cas exceptionnels aux infrastructures. Pour le reste de l’économie, à la lumière des expériences mondiales, c’est l’entreprise, loin des injonctions publiques bureaucratiques face au marché, qui est dominante », dit-il. Avant d’ajouter : « Le secteur privé algérien qui a peu investi dans la recherche et le développement (R-D) est dominé par des PMI/PME peu concurrentielles et peu innovantes ». En d’autres termes, il affirme que ni les entreprises privées ni le secteur public ne sont prêts à se lancer dans cette aventure. « Pour l’Algérie, force est de constater que le tissu économique du secteur privé, constitué à plus de 97% d’entreprises de type familiale peu initiées au management stratégique, en majorité des TPE, rendent difficiles ce genre de partenariat », estime-t-il. Il enchaîne : « Pour des raisons historiques, l’entreprise publique conserve, en 2017 encore, une supériorité de fait sur les sociétés privées n’étant souvent pas assujetties à l’obligation de résultats puisque l’Etat propriétaire la renfloue souvent financièrement en cas de difficultés ». La solution, selon lui, est globale, elle doit toucher à tous les aspects de la société.
Par ailleurs, l’expert économique Malek Serai pense qu’il est possible, avec certaines conditions, de tirer des résultats positifs en appliquant le modèle PPP. L’association de l’argent privé avec l’expertise publique pourra déboucher sur des solutions aux problèmes que vit l’économie nationale. « Le recours au PPP est venu après avoir constaté l’échec indéniable du processus des privatisations qui a produit des désastres », précise-t-il. Il ajoute: « Le PPP permet aux deux entreprises publique et privée d’aller ensemble et de s’unir en vue de faire face aux défis de l’heure », a-t-il dit. Ce modèle vise à ramener l’argent privé aux entreprises publiques qui font face au manque de liquidités. Expliquant son point de vue, il dira que les entreprises ont des compétences qui peuvent créer le déclic, mais elles souffrent d’un manque d’initiatives et de la crainte de poursuites judiciaires en cas d’échec. Le PPP, d’après lui, donnera une marge de manœuvre plus large à ces compétences nationales. La solution proposée pourra, selon la même source, capter au moins une partie de l’argent de l’informel. « Il y a des privés qui ont des sommes importantes générées dans des activités informelles. Cet argent pourrait être investi dans les entreprises publiques à travers la formule PPP », estime-t-il. Toutefois, il souligne la nécessité de réunir certaines conditions pour que le PPP donne de résultats positifs. « Il faut que les pouvoirs publics définissent de manière claire les objectifs de chaque contrat signé dans le cadre du PPP, et mettre en place un cadre juridique qui définira les responsabilités de chaque partie », a-t-il souligné. «Le gouvernement doit également faire en sorte que tous les dossiers de demandes privées de partenariat avec le secteur public soient traités de manière équitable. Il faut surtout éviter les monopoles », poursuit-il. En outre, il a mis l’accent sur le rôle des banques publiques dans la réussite de ce projet. « Les banques publiques doivent accompagner ce projet », dit-il.