Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, était hier à Alger pour une visite de grande importance et des discussions qui, si elles attestent à quelques nuances près de la convergence de vues entre Alger et Moscou sur un certain nombre de dossiers géopolitiques, confirment aussi l’orthodoxie de leurs visions communes du marché énergétique mondial actuel et la nécessité de s’y positionner avant tout en fonction des intérêts économiques de leurs Etats respectifs.

Par Hakim Ould Mohamed
C’est, en effet, le constat qu’a imposé la visite, hier, dans notre pays du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Ce responsable s’est entretenu avec les responsables algériens sur diverses questions liées aussi bien à la conjoncture qu’au partenariat, jugé de stratégique, qui lie Alger à Moscou. Dès son arrivée à Alger, il s’est entretenu avec son homologue Ramtane Lamamra et a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune. Son déplacement à Alger, le premier depuis janvier 2019, coïncide avec le 60e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Russie et l’Algérie, mais l’occasion n’a pas empêché les responsables des deux pays d’évoquer un présent lourd d’enjeux. Avec ses interlocuteurs algériens, le ministre des Affaires étrangères russes a, en effet, abordé les questions de l’heure, liées, entre autres, à la crise en Ukraine ainsi qu’aux marchés pétrolier et gazier, tant il est vrai que les deux pays occupent les points culminants de la pyramide des principaux fournisseurs du Vieux Continent en gaz et en pétrole. A l’évaluation des premières indications de la visite, il ne fait aucun doute, les deux partenaires restent inlassablement fidèles aux termes de l’accord de l’Opep+ en matière d’approvisionnement des marchés et de politique de production. La coordination au sein de l’Opep+ a permis aux marchés d’éviter l’un des pires crashs de leur histoire en 2020 et 2021 sur fond de propagation du Covid-19 qui a mis à genoux l’ensemble des économies du monde. L’Opep+, qui réunit les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menée par l’Arabie saoudite, et dix autres pays exportateurs non membres de l’Opep, menés par la Russie, a arrêté une politique de production évoluant en fonction de la croissance économique mondiale de pétrole et autres paramètres liés aux stocks et aux prix. Cette organisation est restée de marbre face aux appels des différents grands pays consommateurs, invitant les producteurs à desserrer davantage les vannes pour répondre à une demande qui serait croissante. Les délégués russes et saoudiens au sein de l’Opep+ et les responsables de l’Opep, dont le secrétaire général, Mohammad Barkindo, ont indiqué à maintes reprises que la flambée des cours n’était aucunement liée aux fondamentaux du marché, mais à des facteurs plutôt conjoncturels sur lesquels ni l’Opep+ ni l’Opep n’avaient le moindre contrôle. Des responsables de la Commission européenne avaient visité, voici quelques jours, le siège de l’Opep à Vienne et rencontré le SG de l’Organisation afin de discuter de l’opportunité d’augmenter la production, alors que les prix sont en hausse et les Européens en quête de diversifier leurs approvisionnements.

Alger et Moscou s’en tiennent aux accords actuels d’approvisionnement
Ces derniers ont fait face à une position figée de l’Opep, dont les responsables se sont dits s’en tenir aux engagements pris dans le cadre des accords de l’Opep+, dont l’Algérie est un des membres. Sur la question de l’approvisionnement de l’Europe en gaz, dont l’Algérie est un des exportateurs avec, au tableau, une part de marché de 11%, contre 47% pour la Russie, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a indiqué, hier, dans une déclaration à l’issue de son entretien avec le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, que la Russie et l’Algérie avaient une position commune dans le cadre du Forum des pays exportateurs de gaz et qui consiste à «s’en tenir aux précédents accords en matière d’approvisionnement et de faire de même pour les futurs«. Plusieurs pays cherchant à réduire leur dépendance des livraisons russes depuis le conflit ukrainien se sont tournés vers l’Algérie. Cependant, l’Algérie, par la voix de ses responsables en charge des questions énergétiques, n’a cessé de dire la faiblesse de ses capacités à exporter davantage de gaz que ce qui est prévu par les accords conclus avec ses clients européens. Cela signifie que l’Algérie ne pourrait pas remplacer les approvisionnements russes en gaz, ce qui laisse aux Européens que de faibles marges de manœuvre dans leur quête de réduire leur dépendance du gaz russe. La même position a été exprimée par les autres producteurs de gaz, lors de la dernière réunion du Forum des pays exportateurs de gaz, insistant sur le fait que les capacités supplémentaires de productions sont assez limitées en raison du déficit d’investissement auquel a fait face l’amont gazier mondial durant les deux dernières années 2020-2021, alors que les Occidentaux cherchaient à accélérer leur transition énergétique au détriment des énergies fossiles. L’Allemagne et le Qatar ont d’ailleurs rencontré des difficultés dans les pourparlers sur les accords d’approvisionnement à long terme en gaz naturel liquéfié (GNL) en raison de divergences sur les conditions clés, y compris la durée du contrat, la clause de destination ainsi que l’indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole tel qu’actuellement de vigueur pour les contrats de long terme. Le même sort serait réservé aux négociations entre les Américains et les majors brésiliennes sur les niveaux de production du pétrole. En effet, en mars dernier, des responsables du gouvernement américain ont demandé à la compagnie pétrolière publique brésilienne Petrobras si elle pouvait augmenter sa production de brut après que le conflit en Ukraine ait éclaté, ce à quoi les responsables de PetroBras, ont opposé un niet catégorique, prétextant que les niveaux de production étaient une fonction de la stratégie commerciale plutôt que de la diplomatie. <