A moins d’une quinzaine de jours de l’entrée en vigueur de la création de la zone de libre-échange (ZLE) entre l’Algérie et l’Union européenne, prévue le 1er septembre prochain selon l’accord d’association Algérie-UE, une date qui sera certainement reportée en raison de la demande algérienne de nouvelles discussions avec Bruxelles, le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL), estime que cet accord est «asymétrique». Ali-Bey Nasri ajoute qu’il est au détriment des intérêts algériens et qu’il doit être «rééquilibré après révision» pour un «véritable partenariat entre l’Algérie et les pays des vingt-sept»…
«Invité de la rédaction» de la chaîne 3 de la Radio algérienne, hier, le président de l’ANEXAL a souligné la nécessité de revoir le contenu de cet accord, élaboré en 2002. «L’Europe gagnerait à avoir une vision stratégique concernant l’approche de ses relations avec l’Algérie et à ne pas se limiter aux seuls aspects commerciaux», a-t-il préconisé dans son plaidoyer pour une révision des bases du partenariat économique et commercial avec l’UE. M. Nasri a illustré son propos par le rappel que sur onze années, les exportations de quatre pays de l’Union européenne vers l’Algérie, soit la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, se sont chiffrées à environ 250 milliards de dollars, contre à peine 14 milliards de dollars pour l’Algérie. C’est ce déséquilibre, en défaveur de l’Algérie, qui a tout naturellement amené l’État algérien à réclamer sa révision sur la base du principe gagnant/gagnant, a-t-il ajouté. Selon lui, il y a nécessité de revoir «les articles pénalisants pour le partenaire algérien à l’instar de l’article 34 relatif à la compensation. Cet article précise que «si on protège un produit, on est dans l’obligation de le compenser. Mais cela n’a jamais été fait.» Il rappelle également qu’en 2010, à la suite d’une baisse importante de ses exportations, l’Algérie avait demandé un «deal de trois ans, pour rendre son industrie plus compétitive». «Mais, rien n’a été fait et le partenaire européen n’a pas donné à l’outil algérien l’occasion de se mettre à niveau», a-t-il déploré.
Pour un «diagnostic»
Le président de l’Association des exportateurs algériens estime qu’il devient plus que nécessaire, aujourd’hui, de faire avec les pays de l’UE «un diagnostic pour déterminer les secteurs permettant de nous intégrer dans la chaîne des valeurs économiques régionales». «Il s’agit stratégiquement pour l’Algérie de ne pas s’éparpiller et d’aller vers les secteurs que l’on veut développer et dans lesquels nous avons déjà des avantages comparatifs». Il cite à ce sujet trois produits de secteurs clés qui seront touchés par le taux zéro de taxe douanière, en l’occurrence, les produits pharmaceutiques, les produits agroalimentaires et les produits pétrochimiques transformés.
Concernant le secteur de la pharmacie, il considère que «c’est grâce aux mesures de protection de l’Etat algérien que l’industrie pharmaceutique se développe» avec des résultats satisfaisants. «C’est une occasion pour l’Algérie de faire valoir ce secteur émergent et attirer les majors pharmaceutiques internationaux pour qu’ils délocalisent et coproduisent en Algérie».
Pour l’agroalimentaire, Ali-Bey Nasri affirme qu’«il faut absolument renégocier» les chapitres relatifs à ce secteur pour lequel l’Algérie peut prétendre à des investissements sachant que «nous transformons pour le moment à peine 1% de nos produits agricoles qui sont un important gisement à exploiter». Concernant les produits pétrochimiques transformés, «il est anormal que l’Algérie importe des produits dérivés de la pétrochimie», a-t-il déploré, rappelant qu’un «gros projet avait été lancé en 2007, pour 10 milliards de dollars, avant d’être abandonné peu après sans aucune explication logique».
Par ailleurs, le président de l’ANEXAL dit ne pas pouvoir expliquer pourquoi l’Algérie n’exporte pas de services, alors que le Maroc en exporte pour 8 milliards de dollars et la Tunisie pour 5 milliards de dollars. L’Algérie «importe pour 15 milliards de dollars de services entièrement à la charge de l’État», a-t-il constaté.
En rappelant que l’accord d’association avec l’UE comporte dans sa globalité des volets économiques, politiques, sécuritaires et culturels, M. Nasri a affirmé que l’Europe a «tout intérêt à avoir un partenaire fort, le partenariat n’étant pas une simple question d’intérêts étroits de certains pays et de certaines filières». Il estime que le gouvernement algérien «doit impérativement impliquer les opérateurs du secteur économique productif national dans toutes les négociations qu’il entreprend avec des partenaires étrangers». <