L’Algérie rêve d’un bon deal économique avec le Royaume-Uni et le début d’un partenariat post-Brexit de premier plan, permettant de la hisser à des niveaux d’échanges égaux à ceux qu’ont par exemple Londres avec d’autres grands pays d’Afrique tels le Nigeria et le Ghana. Pour le directeur du département Europe aux Affaires étrangères, en tout cas, le moment est venu pour que l’Algérie et la Grande-Bretagne passent à un «accord de coopération globale ».

Selon Mohamed Haneche, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et sa libération des contraintes qui liaient Londres à Bruxelles – une contribution de plus d’une dizaine de milliards d’euros au budget européen, une somme qui pourrait servir à des accords bilatéraux directs, et l’obligation par exemple de souscrire au respect des accords économiques et commerciaux signés avec les pays non européens – représente pour Alger et Londres une opportunité « à ne pas rater ». Il s’agit d’en profiter par une négociation « rapide » d’une entente qui permet aux deux parties d’aller vers une relation économique et commerciale « gagnant-gagnant ».
« Nous pensons que les gouvernements des deux pays doivent entamer, sans perdre de temps, des négociations pour un accord global qui encadre la coopération
bilatérale dans ses différents aspects », a déclaré à ce propos le diplomate Mohamed Haneche qui s’exprimait, hier, à Alger à l’occasion du forum d’affaires algéro-britannique organisé par le Forum des chefs d’entreprise (FCE) et Developing Markets Associates (DMA). Dans le contexte, faut-il le souligner, où l’Algérie multiplie les demandes de révision de l’accord d’association avec l’UE, un traité dont l’aspect avantageux pour la partie européenne suscite, côté algérien, de plus en plus de réticences. Ces négociations, a-t-il encore dit, doivent aboutir à un accord de renforcement du commerce bilatéral et d’amélioration des flux d’investissements – pour l’instant modestes – entre les deux pays. Elles devraient concerner également les volets politique et sécuritaire ainsi que la mobilité entre les deux pays afin de permettre notamment aux hommes d’affaires et étudiants de voyager « sans difficultés », a ajouté Mohamed Haneche. « Il est nécessaire d’entamer ces négociations avec de bonnes intentions le plus tôt possible puisque nous n’avons qu’une année (période de transition) pour le faire.
Il ne faut pas qu’on rate cette chance », a indiqué le responsable algérien alors que le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a reçu hier une délégation d’opérateurs et d’hommes d’affaires conduite par Lord Richard Risby, devenu depuis des années le « Monsieur Coopération » britannique avec l’Algérie. Pour sa part, l’ambassadeur du Royaume-Uni en Algérie, Barry Lowen, a développé la thèse acceptée par tous les experts selon laquelle le Brexit, voté par les Britanniques à près de 52 % le 23 juin 2016 et devenu une réalité depuis janvier de cette année, aura un impact économique en Afrique et, partant, sur l’Algérie, a estimé hier lors du forum l’ambassadeur britannique à Alger Barry Owen.

Un « nouveau partenariat »
Il a estimé que le Brexit constitue un « nouveau début » pour son pays qui cherche désormais à donner un nouveau souffle au commerce britannique avec le reste du monde à travers de « nouveaux partenariats ». Pour lui, c’est une « opportunité » pour le développement des relations commerciales dans beaucoup de secteurs dont celui de l’agriculture, le Royaume-Uni n’étant plus obligé de favoriser les agriculteurs européens comme il le faisait auparavant en raison de la politique agricole commune européenne.
« Je m’adresse aux hommes d’affaires britanniques présents avec nous aujourd’hui, vous êtes ici au bon endroit et au bon moment. Nous connaissons, que ce soit au Royaume-Uni ou en Algérie, un nouveau début qui sera l’occasion pour vous de développer de nouveaux partenariats », a-t-il déclaré. Lors de son intervention, Lord Risby a mis en exergue « la détermination » de son pays de partager ses capacités de développement économique avec l’Algérie qui a exprimé sa volonté, dans le cadre du plan d’action du gouvernement, d’améliorer le climat des affaires, de développer les nouvelles technologies, d’encourager les start-up. Selon les chiffres de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), le portefeuille des investissements britanniques en Algérie comprend actuellement 13 projets d’une valeur globale de 40 millions de dollars. Le Royaume-Uni est ainsi classé 20e en matière de nombre de projets d’investissement étrangers en Algérie et 29e en matière de volume d’engagement financier. En 2019, l’Algérie était le deuxième fournisseur africain du Royaume-Uni avec 2,3 milliards de dollars, après l’Afrique du Sud. Toutefois, les exportations algériennes vers le Royaume-Uni ont été dominées par les hydrocarbures à hauteur de 98,9%, selon les données de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex).Quant aux importations algériennes en provenance du Royaume-Uni, elles ont atteint 515 millions en 2019 et sont composées essentiellement de produits industriels et de médicaments (87,7%).<