L’industrie du ciment en Algérie a connu un développement spectaculaire, ces dernières années, faisant passer le pays du statut de gros importateur à celui d’exportateur de ce matériau.
Pour l’année 2021, la production du ciment devait atteindre les 40 millions de tonnes, contre 22 millions de tonnes en 2017, selon les prévisions des responsables de la branche. Lesquelles tablaient, par ailleurs, sur des exportations à hauteur de 5 millions de tonnes, soit un niveau record à mettre sur le compte d’une filière qui participe grandement à l’amélioration des recettes d’exportations hors hydrocarbures, faut-il le rappeler. Chez les entreprises publiques, les responsables ne ratent aucune occasion de s’exprimer publiquement pour mettre en avant l’amélioration du rendement des cimenteries du secteur, sans omettre de l’attribuer à la mise aux normes de qualité internationales du produit qu’ils proposent.
C’est le cas particulièrement pour le Groupe industriel des ciments d’Algérie (GICA) qui compte 23 filiales spécialisées, notamment dans la production de ciment, de granulats et de béton prêt à l’emploi, l’assistance technique, le montage et la maintenance industriels et la formation. Leader de l’industrie du ciment en Algérie.
Leader de la filière en Algérie, GICA a, entre autres, considérablement soigné la qualité des matériaux qu’il propose en Algérie et à ses clients étrangers, améliorant ainsi considérablement ses ventes locales et outre-mer. C’est dire qu’avant d’être quantitatif, le bond de l’industrie nationale du ciment est d’abord qualitatif. Il est souvent le fruit du partenariat établi avec les entreprises étrangères. Un partenariat qui ne donne, néanmoins, pas de résultat en matière de savoir-faire en management ou encore en matière d’amélioration de l’outil de production, relève la Cour des comptes dans son rapport annuel 2021.
Consacré aux principaux résultats des travaux d’investigation réalisés par cette institution, en exécution avec son programme de contrôle de 2019, le rapport revient sur l’évaluation du partenariat des entreprises publiques économiques (EPE) avec les sociétés étrangères, opérés entre 2005 et 2008, dans la filière de l’industrie du ciment.
En ce sens, cinq cimenteries répondant à ce statut ont été ciblées par l’opération, à savoir la Société des ciments de Hadjar Soud (SCHS), la Société des ciments de Sour El Ghozlane (SCSEG), la Société des ciments de la Mitidja (SCMI), la Société des ciments de Zahana (SCIZ), ainsi que la Société des ciments de Beni-Saf (SCIBS.
Pour chacune de ces entreprises, le partenariat a été concrétisé par le biais d’un contrat de cession d’actions, à hauteur de 35% du capital social, adossé à un contrat de délégation du management de la société à la firme étrangère acquéreur des actions, rappelle le rapport, précisant que les contrats de management conclus sont d’une durée renouvelable de quatre ans pour la SCHS et la SCSEG et de 10 ans pour la SCMI, la SCIZ et la SCIBS.
Or, «en dépit de l’amélioration des rendements moyens annuels des cimenteries, comparativement à leurs performances antérieures à l’entrée en partenariat, cette opération n’a pas permis de mettre à niveau les outils de production des sociétés concernées et de les faire bénéficier du savoir-faire en management et de l’expertise en industrie du ciment des partenaires étrangers, dont certains de renommée internationale», note la Cour des comptes, non sans insister sur l’obligation de délégation du management par les entreprises étrangères, tel que mentionné dans les contrats réservés à cette clause.
Et si la situation a évolué de la sorte, c’est parce qu’il existe des «lacunes caractérisant l’élaboration des contrats de management, dont les clauses contractuelles n’ont pas suffisamment définis les objectifs de performance du manager, les modalités d’évaluation des objectifs contractuels, les critères de désignation du directeur général et les conditions de sa révocation», lit-on sur le même le même document.
En plus de «l’absence d’une prise en charge adéquate de la question de la formation et du transfert du savoir-faire», la Cour des comptes déplore que «les plans d’investissement arrêtés pour la réalisation des objectifs de production, n’ont pas été respectés», poursuit-on. Pis, selon l’analyse, «les objectifs contractuels de production fixés dans les contrats de management de quatre cimenteries sur les cinq et l’objectif de mise à niveau de leurs outils de production n’ont pas été atteints, en dépit des opportunités qu’offrait, durant cette période, le marché national du ciment et la rentabilité des cimenteries et de leur aisance financière». <