La Libye constitue incontestablement l’un des dossiers de préoccupation commun pour Alger et Tunis. Les deux capitales sont aujourd’hui confrontées directement aux risques induits par l’instabilité devenue chronique dans ce pays. L’Algérie et la Tunisie ont les mêmes appréhensions sécuritaires. La première partage près de 1 000 km de frontières avec la Libye, la deuxième 450 km. Des frontières qui pourraient constituer un véritable casse-tête sécuritaire, notamment en cas de complication de la situation. L’Algérie redouble d’efforts pour une solution entre Libyens. Depuis la récente évolution remarquée de la situation dans ce pays, la diplomatie algérienne s’est redéployée pour s’installer comme acteur incontournable pour tout règlement futur du conflit. La conférence de Berlin, en janvier, a vu la participation de l’Algérie mais a péché par l’absence remarquée de la Tunisie ayant reçu l’invitation trop tardivement. La présidence tunisienne a souvent insisté sur le fait que « la Tunisie est un pays souverain et n’acceptera jamais de faire partie d’une quelconque alliance ». En effet, la Tunisie en pleine transition politique pourrait être le pays qui prendrait de plein fouet une éventuelle déflagration généralisée en Libye. Actuellement, elle accueille des milliers de Libyens sur son sol et ce depuis la chute de la Jamahiriya en 2011.
Coordination sécuritaire
Plongée dans le chaos depuis l’intervention de l’Otan, la Libye est aujourd’hui déchirée entre deux entités, le Gouvernement d’union nationale libyen (GNA), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et un autre pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar dans l’Est. Le GNA de Fayez Al-Sarraj bénéficie du soutien de la Turquie, tandis que le maréchal Haftar peut compter sur le soutien de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et des Emirats arabes unis, rivaux régionaux d’Ankara. Depuis avril, le GNA fait face à une offensive sur Tripoli du maréchal Haftar et de ses troupes de l’Armée nationale libyenne. Dans son avancée, Haftar s’est emparé de Syrte, verrou stratégique entre l’est et l’ouest de la Libye. La situation actuelle reste précaire et le cessez-le- feu actuel semble chancelant. L’Algérie et la Tunisie sont d’autant plus concernées par le chaos libyen que ce pays faisait partie de l’Union du Maghreb, aujourd’hui, mal en point notamment à cause des relations compliquées avec le voisin de l’Ouest. Pour l’Algérie, qui rejette « toute ingérence étrangère » en Libye, Tripoli est une « ligne rouge à ne pas franchir » et plaide pour « un retour rapide au processus du dialogue national inclusif ». Alger, qui a abrité le 23 janvier dernier, la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye, propose d’accueillir « un forum de réconciliation nationale » afin de rapprocher les belligérants libyens. La proposition a été faite lors du 8e Sommet du Comité de haut niveau de l’Union africaine tenu jeudi à Brazzaville, en République du Congo, durant lequel a été réaffirmé l’attachement à l’intégrité territoriale de ce pays, à son unité nationale et à son indépendance. En attendant, les questions sécuritaires induites par le conflit libyen restent un sujet de préoccupation permanent entre Alger et Tunis. La Tunisie, comptant beaucoup sur l’Algérie sur cette question, a démontré sa vulnérabilité face l’instable voisin de l’Est. La série d’attaques terroristes de 2015-16 en Tunisie a été planifiée en Libye et c’est depuis son territoire que les groupes terroristes ont tenté de prendre pied sur le sol tunisien, à Ben Guerdane en 2016. La Tunisie, qui avait accueilli en 2011 plusieurs centaines de milliers de personnes fuyant le conflit en Libye, pourrait faire face à un éventuel nouvel afflux. Avec le risque évident d’infiltration d’éléments terroristes. Alger et Tunis, qui partagent une coopération étroite sur le plan sécuritaire, sont appelés à maintenir une coordination à toute épreuve sur un dossier libyen qui pourrait à l’avenir se complexifier davantage.<