A en croire les organisations estudiantines, le quotidien dans les cités universitaires a toujours été rythmé par des mouvements de colère, de grèves et d’arrêts de cours contre «l’effondrement» de la qualité des prestations dans ces centres d’hébergement. Pour elles, la situation de la résidence d’étudiantes de Ben Aknoun, qui a été mardi dernier le théâtre d’une protestation nocturne inédite, n’est pas nouvelle. «Elle renseigne sur la dégradation des conditions de vie dans les cités-U», affirment-elles. «Si les conditions sont acceptables dans certaines résidences, d’autres, en revanche, sont dans un état déplorable et la situation risque de s’aggraver», prévient le secrétaire général de l’Union générale des étudiants algériens (Ugea).
Dans son réquisitoire, Nadji Mebarki évoque d’anciennes résidences universitaires non rénovées et dans un état déplorable. Il dénonce «la mauvaise gestion de certains directeurs des œuvres universitaires et de responsables de résidences». «Nos résidences, poursuit-il, souffrent de problèmes structurels, d’une dégradation des équipements et parfois de problèmes liés à des conflits de personnes parmi les gestionnaires». Le secrétaire général de l’Ugea regrette que les syndicats d’étudiants ne soient pas associés à la gestion des cités universitaires. Il affirme avoir sollicité la tutelle pour faire partie de la commission de réflexion sur la réforme des œuvres universitaires, en vain. «Dans notre esprit pourtant, il n’est pas question d’empiéter sur les prérogatives du ministère mais d’apporter un témoignage cru sur la vie dans ces cités et de proposer des solutions», précise-t-il, non sans s’étonner qu’il n’existe pas de commissions permanentes chargées d’évaluer le niveau des prestations dans les résidences d’hébergement des étudiants» et au sein desquels des groupes représentatifs d’étudiants peuvent apporter leur contribution. «Nous avons des choses à proposer, affirme-t-il, comme de réfléchir au relèvement du prix du ticket de restauration. A deux dinars, on ne peut pas espérer un repas nourrissant pour des étudiants qui vivent déjà dans des conditions éprouvantes pour la plupart et font des queues interminables pour avoir droit à une assiette incomplète». Le responsable de la pédagogie au sein de l’Union générale des étudiants libres (Ugel) estime, pour sa part, que le budget mobilisé pour les oeuvres sociales universitaires «doit être mieux contrôlé pour une meilleure prise en charge des besoins des étudiants résidents», faisant allusion à la «dilapidation et au détournement de l’argent public et à la mauvaise gestion». «Depuis toujours, on ne parle que de réforme mais sans résultat concret», dit Abdelkrim Benmalek qui propose d’aller vers des «subventions directes» aux étudiants pour empêcher les détournements des ressources destinées au financement des prestations universitaires.
Une proposition que n’approuve pas le secrétaire général de l’Ugea, dont le syndicat croit savoir que «seules les œuvres universitaires, si elles sont bien gérées, sont capables de répondre aux besoins des étudiants». Nadjib Mebarki estime qu’une aide directe à l’étudiant menace l’existence même des services rendus au sein des centres d’hébergement universitaires, indiquant que beaucoup iront à l’extérieur. Il est cependant d’accord sur l’impératif de «mettre l’étudiant au cœur du débat et de la réflexion sur les moyens d’améliorer la vie en cité-U». n