Le Parlement en ses deux chambres ouvre demain sa session unique ordinaire. Cette fois, et compte tenu des circonstances actuelles, elle aura lieu dans un contexte d’exception politique. Très contesté, voire totalement démonétisé, le Parlement symbolise pour les Algériens la fraude et tous les maux dénoncés par le mouvement du 22 février. C’est dire combien il lui sera difficile de fonctionner à l’heure du Hirak qui ne jure que par le départ de tous les symboles de l’ancien régime. Ce qui complique la tâche au Parlement, à l’APN surtout, c’est cette nouvelle donne où le président de la chambre basse est issu de l’opposition, mais sans soutien. Slimane Chenine, intronisé en juillet dernier à l’occasion de la clôture de la précédente session, n’a pas le consensus dont il a besoin pour son action. Issu du Mouvement El Bina, il ne bénéficie pas de l’appui de ses « frères » de la mouvance islamiste. Le président d’El Adala, Abdallah Djaballah, avait estimé que son parti « n’est pas concerné et n’est ni pour ni contre » son élection, tandis que le MSP y a vu un plan élaboré loin des travées de l’Hémicycle. En Chenine, il a vu l’image d’un « président du fait accompli tout comme ses prédécesseurs ». Son plébiscite, a affirmé le parti de Abderrezak Makri, « est le résultat d’une décision émanant d’en haut , imposée à une majorité issue de la fraude et rejetée par le peuple algérien ».
Fait inédit dans l’histoire du Parlement, c’est la première fois qu’un député de l’opposition accède au poste de président de l’APN, faisant dire au MSP, encore lui, que c’est une « opération d’embellissement vouée à l’échec». Ainsi, le président de l’APN, qui a milité dans les rangs du parti fondé par Mahfoud Nahnah, rappelons-le, sera donc obligé de travailler avec uniquement les partis de l’allégeance, notamment le FLN et le RND. Deux formations politiques contestées par le Hirak et dont on conçoit difficilement le retour, comme avant, dans le paysage politique en raison de leur histoire récente et de sa relation étroite avec le régime honni du président Bouteflika déchu.

Risque de paralysie
Du côté de l’opposition, le PT et le FFS ont retiré leurs députés (bien que certains y siègent encore refusant les décisions de leurs directions). Le RCD et le MSP continuent de boycotter les travaux d’une Assemblée à l’agenda encore brouillé et surtout marqué par la paralysie d’un Exécutif chargé des affaires courantes. Pour un observateur de la scène politique, « le pays place comme priorité le règlement de la crise, non pas l’adoption de nouveaux textes de lois que tout le monde négligera dans peu de temps ». C’est sévère, mais c’est ce que la rue pense en général de l’action parlementaire dans le pays. Il n’en demeure pas moins qu’à la lecture du programme qui attend les députés, l’APN aura tout de même son mot à dire dès lors qu’elle s’apprête à examiner deux projets de loi, en l’occurrence la révision du code électoral et la création de la commission indépendante de gestion et d’organisation des élections. Toute la question – qui n’est pas des moindres – est de savoir comment cet examen, qui sera suivi d’un vote nécessairement, aura-t-il lieu avec une majorité moralement et politiquement « déglinguée », des partis de l’opposition aux abonnés absents et une rue algérienne sur une autre planète depuis plus d’un semestre ?