La délégation algérienne paralympique a réalisé de superbes performances à Tokyo à l’occasion des Paralympiades 2020. Comme le veut la coutume, nos représentants ont fait preuve d’une forte abnégation pour briller et honorer l’Algérie. Et c’est grâce à eux que l’hymne national a enfin pu retentir dans la capitale japonaise. Une récolte de 12 médailles (4 or, 4 argent et 4 bronze), des révélations, des sensations, des confirmations mais aussi –malheureusement et inévitablement- des déceptions. Analyse du bilan.

Par Mohamed Touileb
Qu’on se le dise d’emblée : il ne s’agit pas d’enlever le mérite aux sportifs qui ont fait de leur mieux ou les accabler. La judokate Chirine Abdellaoui, première Dz titrée du rendez-vous nippon et qui a décanté le compteur des distinctions, et ses compatriotes ont hissé assez haut le drapeau algérien pour le voir apparaître à la 29e case du classement des médailles.

Athmani Skander-Djamil, la belle perf’
Malgré les difficultés, le manque de moyens et de considérations, il a fallu compter sur eux et leurs performances pour oublier le naufrage des «valides» et la bande d’incapables qui les a emmenés têtes baissées vers la pondaison sportive avec une politique de bricolage et de gabegie sans égale. Cependant, il faut dire que malgré les résultats réjouissants que les personnes souffrant de handicaps divers (moteur, vision ou cérébral), on a palpé la même débandade et de la négligence. Cela a été illustré par la manière dont le premier contingent a été reçu à l’Aéroport international Houari Boumédiène (Alger). Même avec des médailles autour du cou, ils n’ont pas eu droit à une réception digne et à la hauteur quand ilssont rentrés au pays. C’était certainement choquant pour Athmani Skander-Djamil, double-médaillé lors des joutes avec l’or et le record du monde sur 400m T13 (déficit visuel) et l’argent sur 100m T13. Le champion paralympique s’était réjoui de ses exploits en déclarant «ces deux médailles, je pense qu’elles peuvent changer ma vie pour le meilleur !» L’euphorie et le sentiment d’avoir accompli quelque chose de grandiose qui vient se heurter à une gouvernance atteinte de sclérose.

Baka, symbole de négligence
Sinon, comment expliquer le recul de certains comme Abdellatif Baka, sacré sur 1500m T13 aux JP 2016 à Rio de Janeiro (Brésil). A 27 ans, et potentiellement au (ce qui est censé être) sommet de sa forme athlétique, le natif d’El-Eulma n’a pu terminer que 8e de la finale. C’était l’une des grandes désillusions et un podium de moins pour l’Algérie. On peut dire que la détermination ne fait pas tout à ce niveau. Pour rester au sommet, il faut un minimum de moyens et de constance dans la préparation. Un privilège que n’ont pas eu tous nos sportifs. Notamment avec la pandémie du Coronavirus et l’impossibilité de se déplacer en dehors du pays et prendre part aux différents concours.

Nouioua, bredouille après 17 ans de constance
«Rien ne remplace la compétition malheureusement» a relevé Mohamed Berrahal qui n’a pas pu décrocher le «Top 3» même s’il était médaillé à Londres 2012 (Or au lancer du disque F51/53 et argent du 100m T51) puis à Rio 2016 (argent du 200m T51). La désillusion était palpable pour l’athlète de 42 ans qui a certainement senti le poids des années et l’«obsolescence» athlétique tant il est difficile d’entretenir la forme quand on manque de commodités. C’est le cas aussi pour Samir Nouiouia (36 ans) revenu bredouille pour la 1ère fois en 5 participations à ce rendez-vous. Le demi-fondiste a été décoré à Athènes (2 or et 1 argent), Pékin (1 argent et 1 bronze), Londres (1 argent et 1 bronze) et Rio (1 or) mais pas à Tokyo. Cependant, on retiendra les beaux mots d’Athmani Skander Djamil qui a déclaré que «si vous êtes un être humain avec un esprit fort et un grand cœur, vous pouvez tout accomplir !» Tout se passe dans la tête, le corps suivra tant que le cœur voudra. La leçon est par-là.