La production cinématographique algérienne a été marquée, cette année, par le paradoxe que, d’une part, il y a une percée de jeunes réalisateurs algériens primés dans de nombreux festivals internationaux et, d’autre part, une faible visibilité de ces même œuvres dans les salles algériennes, en plus de la rareté d’événements en Algérie.

Les œuvres portées par ces cinéastes, qui  semblent inaugurer une vision rajeunie du cinéma, sont, en tout cas, saluées par la critique et consacrées par de nombreuses distinctions internationales, souligne l’APS. Ainsi, après le succès de son premier long métrage documentaire «Fi Rassi rond-point » (Dans ma tête un rond-point), le réalisateur Hassan Ferhani a brillement fait parler de lui cette année avec la sortie de «143, rue du Désert», un  portrait poignant d’une femme, gérante d’un petit relais routier dans le désert algérien. Présenté en avant-première mondiale au Festival de Locarno, le documentaire remporte le Prix du « meilleur réalisateur émergent » et celui du « Jury junior ». Tout au long de l’année, il sera tour à tour primé en Algérie, en Tunisie, en Corée du Sud et en Egypte. Pour sa part, connu pour ses courts métrages « Demain Alger ? » et « El Djazira », le réalisateur Amine Sidi Boumediène a signé, en 2019, son premier long métrage de fiction, « Abou Leila ». Le film sélectionné en compétition dans une trentaine de festivals internationaux a reçu le « Prix du meilleur film New Wave » du Festival européen du film de Séville (Espagne) et celui de la critique au Cinemed (France). Distribué dans « Abou Leila », Lyes Salem s’est vu, pour sa part, attribué le Tanit de la meilleure interprétation masculine aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC, Tunisie). Autre première œuvre ayant fait parler d’elle, « Papicha » de la réalisatrice Mounia Meddour. Le film a été présenté à la Semaine de la critique du dernier festival de Cannes et dans une dizaine de manifestations cinématographiques à travers le monde, France, Tunisie et Belgique, entres autres. Au Festival d’Angoulême  en France, « Papicha » s’est adjugé le prix du public, du meilleur scénario ainsi que celui de la meilleure actrice décerné à Lyna Khoudri. Cette dernière, déjà distinguée à la Mostra de Venise en 2017 pour son rôle dans « Les bienheureux » de Sofia Djamaa, y confirme son talent d’actrice. Chacun à leur manière, Mounia Meddour et Amine Sidi Boumediène abordent les années du terrorisme qui, en une décennie, a plombé le climat social et politique en Algérie, laissant des traces profondes chez des générations entières d’Algériens.
Au côté des jeunes talents qui confortent leur place dans le septième art, l’inénarrable Hamid Benamara, le cinéaste aux œuvres atypiques, est revenu en 2019 avec « Timelife », son dernier né sélectionné dans des festivals en Russie et aux Etats-Unis, alors que Merzak Allouache signe le thriller «Paysages d’automne » et « Vent divin », autre long métrage présenté en Allemagne.
Les cinéphiles algériens toujours dans l’attente
A l’exception de « 143, rue du Désert » et de « Paysages d’automne » de Merzak Allouache, projetés deux fois lors du dernier Festival international du cinéma d’Alger (Fica), aucun des films sortis en 2019 n’a été projeté au public en Algérie. 
En plus de l’annulation des festivals du film arabe d’Oran et celui du film méditerranéen de Annaba, ces nouvelles productions pâtissent d’une absence totale de distribution en Algérie, malgré l’engouement du public cinéphile pour les sorties des films commerciaux étrangers. Meriem Achour Bouakkaz aura été, elle aussi, une des découvertes de l’année 2019 avec son documentaire « Nar » (feu) projeté une seule fois à l’occasion du 10e Fica.
Tout comme El Kheyer Zidani, auteur de « Nice Very Nice » et Mohamed Benabdallah, réalisateur de « Je dirais tout à Dieu », des cinéastes qui ont signé des courts métrages à succès regrettent cette absence de visibilité de leurs œuvres en Algérie où le public se trouve sevré d’images sur les Algériens, tournées par des cinéastes algériens.n