Après la décrue des infections au nouveau coronavirus, la baisse de pression dans les hôpitaux avec un personnel de santé qui reprend son souffle et une campagne nationale de vaccination plus offensive depuis le début du mois, place à la détente de ce personnel qui, pourtant, n’est pas aussi rassuré que cela et craint toujours le déferlement d’une quatrième vague de Covid-19.

PAR INES DALI
Il est vrai, certes, que les contaminations ont baissé à un seuil qui semble éloigner le danger – pour combien de temps ? – avec 201 cas confirmés samedi, mais cela ne doit nullement occulter que c’est un chiffre officiel qui ne tient compte que des cas déclarés et testés positifs par RT/PCR. Le nombre réel, lui, doit être largement supérieur, d’au moins trois fois, sachant que c’est la variant Delta à très forte transmission qui prédomine.
Les professionnels de la santé s’accordent à dire que le spectre d’une éventuelle quatrième vague de Covid-19 est toujours là et nul ne peut savoir quand cela va-t-il avoir lieu. Il ne faut donc pas crier victoire et ce risque est omniprésent et la question que tous se posent actuellement, c’est de savoir si l’Algérie est prête à y faire face. Cela d’autant que la vaccination, malgré la grande campagne nationale lancée le 4 septembre courant, ne semble pas avoir atteint le niveau escompté à voir les efforts qui se multiplient pour convaincre les réticents. Se voulant d’abord optimiste sur cette éventuelle quatrième vague, le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha-Bacha, déclare d’abord qu’il «ne pense pas et ne souhaite pas qu’elle soit plus contaminante et plus dangereuse », espérant que le virus a « réellement perdu de sa virulence, de son potentiel de contamination et de sa destruction des organes nobles du corps humain ».
Mais si le pays doit faire réellement faire face à cette prochaine vague, hormis le plan organisationnel et celui de l’expérience acquise, « nous ne sommes pas prêts à revivre le problème d’oxygène », a-t-il affirmé. Il a expliqué que ramener des générateurs d’oxygène à haut débit (20.000 litres) d’ici la mi-octobre, n’est pas une mince affaire même si la commande est passée. «Ce n’est pas aussi facile de ramener les générateurs, de former le personnel. Il faut aussi trouver des plateformes, faire des études… J’espère que cette quatrième vague ne viendra pas en l’absence de ces équipements», a-t-il soutenu, rappelant, au passage, qu’il ne faut pas oublier que la grippe saisonnière va bientôt faire son apparition, à partir d’octobre, ce qui pourrait compliquer la situation avec cette possible quatrième vague de Covid-19.
Versement des primes et revalorisation des salaires en stand-by
«Les autorités sanitaires doivent accompagner le personnel de santé, le soulager, avec une meilleure organisation des ressources humaine et une revalorisation», mais aussi en mettant à disposition «certains médicaments essentiels comme l’insuline, les produits de chimiothérapie pour les enfants», a-t-il dit, réitérant qu’il y a des pénuries chaque mois ces derniers temps.
Le Pr Benhadj n’a pas omis de mettre le doigt sur un autre souci du personnel de la santé. Celui du non-versement des primes qu’il attend depuis plusieurs mois. Avec la rentrée sociale et à la veille de la rentrée scolaire, «médecins et infirmiers, nous sommes en train, après avoir surveillé les chiffres du coronavirus, de surveiller nos comptes ! Est-ce qu’ils nous ont viré ou pas !», a-t-il révélé, mettant en exergue que «beaucoup de personnel de la santé s’inquiètent des promesses non-tenues concernant l’armée blanche, comme ils nous appellent». Il explique que ces personnels, «médecins et infirmiers, nous attendons depuis des mois le versement de deux primes». «Comment voulez-vous faire face à une quatrième vague si les promesses n’ont pas été tenues concernant le versement des primes et la révision de ce qui a été annoncé pour prendre conscience de l’intérêt sanitaire dans notre pays ?», s’est-il encore demandé. «Il faut qu’on discute sérieusement, loin des promesses politiciennes que la sécurité sanitaire doit devenir une priorité. Si on veut une amélioration, ce n’est pas en ramenant du matériel de l’étranger, mais il s’agit d’améliorer nos ressources humaines en matière de formation et de conditions de travail mais, surtout, en matière de rémunération devant cette cherté de la vie».
Les citoyens, pour leur part, doivent «saisir cette période idoine» de décrue des contaminations et «ne pas rater cette occasion de se faire vacciner», a-t-il préconisé, car des réticences persistent. Et en termes d’efforts dans le sens de booster la vaccination, on peut citer celui de diligenter, à partir d’aujourd’hui, à la veille de la rentrée scolaire prévue demain 21 septembre, des équipes médicales au niveau des établissements de l’Education nationale pour tenter de convaincre, sur place, ceux qui ne sont pas vaccinés parmi le personnel de franchir ce pas.
Si cette approche est bien perçue, il n’en demeure pas moins que pour le personnel qui demeure réticent, il faut lui expliquer que sa «non-adhésion à la vaccination va avoir des conséquences sur la vaccination des élèves que de nombreux pays ont commencé à vacciner depuis juin dernier déjà». Dans le cas où la réticence persiste et où la méthode actuelle «risque de prendre beaucoup plus de temps, il faudrait passer aux mesures administratives pour raison sanitaire», de l’avis, réitéré à maintes reprises, du Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Pass sanitaire à généraliser ?
A noter que c’est le premier à avoir évoqué la préconisation de l’instauration du pass sanitaire dans les stades pour convaincre les jeunes qui se déplacent en masse dans ces lieux. Ce qui fut finalement décidé par les autorités sportives pour les compétitions nationales. Mais pour le Dr Bekkat Berkani, le pass sanitaire devrait être «généralisé dans d’autres lieux, comme les centres de loisirs, par exemple, ou encore pour les voyages puisque cela permettra à la compagnie nationale Air Algérie de se refaire une santé financière», a-t-il dit. Tout ceci doit se poursuivre sans délaisser la sensibilisation mais avec de nouvelles idées car, estime-t-il, «ce n’est pas en montrant une personne en train de se faire vacciner ou simplement un biceps recevant une injection qu’on arrive à convaincre, il faut de nouveaux concepts de manière à capter l’attention des récalcitrants».
Le risque d’une quatrième vague n’est donc pas écarté par les professionnels de la santé qui, tout en soutenant plus d’ouverture d’espaces pour reprendre vie normale, soutiennent, en même temps, la vaccination pour tous car, comme ils ne cessent de le répéter, c’est le seul moyen, voire la seule arme contre la propagation de la pandémie de Covid-19. n