Des milliers de personnes dans les rues en Australie, des scènes d’émeutes aux Pays-Bas, de violence et de vandalisme dans les Antilles françaises: les opposants crient leur colère face aux mesures anti-Covid adoptées pour endiguer la recrudescence de la pandémie.

Samedi en Australie, ils étaient des milliers d’anti-vaccin à défiler à Melbourne et plus de 10.000 à Sydney, pour protester contre les restrictions imposées dans ce pays où la vie est redevenue quasi-normale pour les 85% des adultes qui sont vaccinés. A Melbourne a également a eu lieu samedi une des premières contre-manifestations, en soutien aux mesures anti-Covid, qui a rassemblé quelque 2.000 personnes. Des manifestations qui se sont déroulées dans le calme, à l’inverse des incidents violents survenus vendredi soir à Rotterdam, aux Pays-Bas, ou en Guadeloupe, dans les Antilles françaises. «Tout ce qui a été fait (par les autorités) a été fait pour sauver des vies. Bien sûr, ce n’est pas drôle, et ça a été dur pour certains, mais c’est une pandémie mondiale. Que peut-on faire d’autre?», a déclaré à l’AFP une manifestante. A Rotterman, la police néerlandaise a fini par tirer sur des manifestants devenus émeutiers, blessant au moins deux personnes. En face, jets de pierres, incendie d’une voiture de police, de fusées de feux d’artifices ont émaillés cette nuit de chaos. La police a fait état de dizaines d’arrestations et de sept blessés, «dont des policiers», sans plus de précision. «Des coups de semonce ont été tirés à plusieurs reprises. À un moment donné, la situation est devenue si dangereuse que les agents se sont sentis obligés de tirer sur des cibles», a indiqué la police. Selon la télévision publique néerlandaise NOS, deux personnes ont été blessées par ces tirs. Le maire de Rotterdam Ahmed Aboutaleb a qualifié les incidents d’«orgie de violence». Et devant cette situation «très grave», les autorités locales ont interdit les rassemblements dans la zone. Les manifestants protestaient contre les restrictions sanitaires et les mesures du gouvernement visant à restreindre l’accès des personnes non vaccinées à certains lieux. Les Pays-Bas ont été les premiers en Europe occidentale à réintroduire la semaine dernière un confinement partiel avec une série de restrictions sanitaires, touchant notamment le secteur de la restauration, pour faire face à une flambée de cas de Covid-19 – plus de 21.000 nouveaux cas enregistrés vendredi. Après les violences de la nuit, les organisateurs d’une manifestation prévue ce samedi à Amsterdam ont annoncé son annulation. «Hier soir, l’enfer s’est déchaîné à Rotterdam», a déclaré l’organisation United We Stand Europe sur sa page Facebook, ajoutant que maintenir la manifestation à Amsterdam «ne nous semblait pas juste». En janvier, les Pays-Bas avaient connu leurs pires émeutes depuis quatre décennies, y compris à Rotterdam, après l’entrée en vigueur d’un couvre-feu.
Violences aux Antillles
De l’autre côté de l’Atlantique, la mobilisation des opposants au pass sanitaire et à la vaccination obligatoire des personnels soignants, lancée il y a quatre jours par un collectif d’organisations syndicales et citoyennes, a tourné à la violence vendredi en Guadeloupe, une des deux principales îles des Antilles françaises. Quatre immeubles de Pointe-à-Pitre, le chef-lieu qui compte de nombreuses habitations en bois, sont partis en fumée, selon les pompiers, tandis qu’autour des barrages sur les routes les manifestants affrontaient la police à coup de pierres ou même de tirs de mortier. Le préfet a annoncé vendredi l’instauration d’un couvre-feu immédiat entre 18H00 et 05H00 locales, «compte tenu des mouvements sociaux en cours dans le département et des actes de vandalisme», et ce jusqu’à mardi. Il a également interdit la vente d’essence en jerrican. Devant l’hôpital de la ville, un barrage de manifestants empêche l’entrée des véhicules autres que les ambulances mais filtre le personnel autorisé à entrer, selon le directeur adjoint, Cédric Zolezzi. Selon lui, le manque de personnel est aggravé par «une vague d’arrêts maladie», «sur consigne syndicale», et oblige par exemple à annuler notamment des chimiothérapies. «Le coupable, c’est celui qui a mis l’obligation vaccinale», rétorque Sandro Sormain, secrétaire adjoint de la centrale syndicale UTS-UGTG. De nouvelles manifestations sont prévues samedi en Autriche, où le gouvernement s’apprête à reconfiner l’ensemble de sa population lundi, et celle prévue à Breda, dans le sud des Pays-Bas est pour l’instant maintenue.
Des milliers de manifestants à Vienne
Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés samedi à la mi-journée à Vienne pour protester contre le confinement et la vaccination obligatoire annoncés la veille par le gouvernement pour lutter contre la pandémie de Covid-19. La manifestation était organisée à l’appel du parti d’extrême droite FPÖ, même si son chef Herbert Kickl, testé positif au coronavirus, était absent. La foule, réunie au coeur de la capitale autrichienne à deux pas de la chancellerie, agitait des banderoles dénonçant «la corona-dictature» ou encore disant «non à la division de la société».
Le tout sous haute surveillance de la police, qui redoutait la venue d’identitaires, de militants néonazis et de hooligans. Parmi ceux appelant à la «résistance», Katarina Gierscher, originaire de la province du Tyrol, a fait six heures de route pour venir manifester. «Ce n’est pas normal qu’on nous prive de nos droits», déplore cette professeure de 42 ans qui garde depuis plusieurs mois ses quatre enfants à la maison. «La pression à l’école est trop forte», dit-elle à l’AFP, citant les tests PCR réalisés chaque semaine dans les classes. «Le gouvernement veut nous diviser, nous devons rester unis», lance-t-elle. Une semaine après avoir sévi contre les non-vaccinés, le chancelier conservateur Alexander Schallenberg a annoncé vendredi un confinement des 8,9 millions d’habitants jusqu’au 13 décembre. A compter de lundi, ils n’auront plus le droit de quitter leur domicile sauf pour faire leurs courses, du sport ou pour des soins médicaux. Seules les écoles restent ouvertes mais les parents sont encouragés à ne pas les conduire en cours. Malgré ses réticences initiales, le gouvernement va en outre préparer une loi pour imposer la vaccination de la population adulte au 1er février 2022. Les réfractaires s’exposeront à des sanctions. M. Schallenberg s’est excusé vendredi auprès des personnes vaccinées de devoir prendre de telles restrictions «radicales». Il s’en également pris aux «forces politiques dans ce pays qui s’opposent avec véhémence» à la vaccination, dénonçant un «attentat contre notre système de santé». Dans une allocution télévisée, le président autrichien Alexander van der Bellen a mis en garde contre les fractures de la société qui risquent de «se creuser davantage encore». «Les prochaines semaines vont exiger un gros effort de notre part. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour briser la quatrième vague et empêcher la suivante», a-t-il insisté. Dans une Europe redevenue l’épicentre de l’épidémie, les cas ont atteint ces derniers jours en Autriche des niveaux inédits depuis le printemps 2020: plus de 15.000 nouvelles contaminations sont recensées quotidiennement, alors que le taux de vaccination se situe autour de 66%, soit légèrement en deçà de la moyenne européenne. (AFP)