Par Pauline FROISSART
Un confinement tardif, de «grosses erreurs», et un «fatalisme» face à la propagation du Covid-19 ont conduit à l’«un des plus importants échecs de santé publique» au Royaume-Uni, où des milliers de morts auraient pu être évitées, selon un rapport parlementaire publié mardi. Le Royaume-Uni a depuis l’été dernier éliminé la quasi totalité des mesures liées à la pandémie, comme la distanciation sociale et le port du masque. Il affiche un taux de vaccination élevé avec plus de 78% des plus de 12 ans complètement vaccinés contre le Covid-19. Mais en termes de victimes du coronavirus, le pays a l’un des pires bilans en Europe avec presque 138.000 morts. Selon un rapport réalisé par deux commissions parlementaires après des mois d’auditions, «des milliers de morts auraient pu être évitées» si le gouvernement conservateur de Boris Johnson avait pris des mesures plus rapidement. «Les décisions relatives au confinement et à la distanciation sociale prises lors des premières semaines de la pandémie – et les conseils qui y ont conduit – constituent l’un des plus importants échecs en matière de santé publique que le Royaume-Uni ait jamais connu», ont affirmé les députés. Jusqu’au 23 mars 2020, les ministres ont «seulement (cherché à) modérer la vitesse de l’infection» dans la population plutôt que d’arrêter complètement sa propagation, espérant que se développe une immunité collective. Sur Sky News, Steve Barclay, ministre chargé de la coordination gouvernementale, a expliqué que le gouvernement avait «suivi les avis scientifiques» et «pris des décisions pour agir vite», citant la campagne de vaccination lancée en décembre 2020 et menée tambour battant. Concernant la décision d’instaurer un confinement, «à l’époque, on craignait que si nous confinions trop tôt, (la population) n’accepte pas de rester confinée pendant une longue période», ce qui n’a finalement pas été le cas, a-t-il reconnu. Le ministre a refusé de présenter ses excuses mais a assuré que «s’il y a des leçons à tirer, le gouvernement est prêt à le faire».
Enquête publique en 2022
Le conservateur Jeremy Hunt, ancien ministre de la Santé et président d’une des deux commissions chargées du rapport, a expliqué à la BBC que le gouvernement avait fait preuve de «fatalisme», une fois que le virus avait commencé à se propager dans la population. «Si nous avions été plus ouverts aux approches d’autres pays, nous aurions pu adopter la meilleure approche plus rapidement», a-t-il ajouté, évoquant par exemple le programme de dépistage et traçage des cas mis en place dans des pays d’Asie. Les parlementaires ont aussi fustigé la décision de ne pas tester les personnes âgées sortant de l’hôpital avant leur retour en maison de retraite, qui a contribué à propager l’épidémie. Ils ont également affirmé que certaines mesures (couvre-feu à 22H00 pour les pubs, interdiction des activités sportives pour enfants en plein air) n’étaient pas fondées scientifiquement. Tout en pointant échecs et retards, le rapport souligne le succès de la campagne de vaccination qui a débuté en décembre 2020. «La réponse du Royaume-Uni a combiné de grosses erreurs et de grandes réussites», comme le programme de vaccination, ont affirmé dans une déclaration commune les députés conservateurs Greg Clark et Jeremy Hunt, présidents des deux commissions en charge du rapport, appelant à en «tirer les leçons». Pour le travailliste Jonathan Ashworth, chargé des questions de santé au sein du Labour, principal parti d’opposition, les conclusions de ce rapport sont «accablantes» et montrent que des «erreurs monumentales» ont été commises. De leur côté, une association de proches de victimes du Covid-19, «Covid-19 Bereaved Families for Justice», a regretté que les commissions parlementaires ne leur aient pas parlé, se sentant «ignorées». Sa porte-parole, Hannah Brady, espère que les familles endeuillées par la pandémie seront «au coeur» de l’enquête publique sur la gestion de la crise par le gouvernement, prévue en 2022. n