En neuf mois, le bilan macabre de la pandémie de coronavirus est d’un million de morts dans le monde, selon un décompte de l’AFP. La pandémie a débuté en décembre dernier en Chine et s’est ensuite répandue à une vitesse vertigineuse touchant les pays sur tous les continents. Avoir atteint un million de morts est non seulement une triste nouvelle mais c’est aussi «un nombre terrible», comme l’a qualifié le directeur des Situations d’urgence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Michael Ryan, estimant un doublement «très probable». Ce responsable va au-delà, allant jusqu’à déclarer que les perspectives sont sombres. Il avait même parlé de la probabilité de voir le nombre de morts atteindre les deux millions de personnes lorsque la question sur cette probabilité lui avait été posée par la presse la semaine dernière.
Les perspectives sont sombres car il y «une courbe qui repart à la hausse en Europe, au Moyen-Orient et en Asie, renforçant la crainte d’une seconde vague». Cela au moment où les restrictions sanitaires adoptées par les gouvernements, comme les confinements, les fermetures des bars et restaurants ou l’interdiction des rassemblements, ne sont pas appréciés à leur juste valeur et se heurtent au mécontentement croissant de la population dans de nombreux pays.
Plus de 32,9 millions de cas ont été officiellement diagnostiqués depuis le début de l’épidémie, dont au moins 22,5 millions sont aujourd’hui considérés comme guéris. Les Etats-Unis comptent près de 205 000 morts, le Brésil près de 142 000, l’Inde près de 100 000 et le Mexique plus de 76 000. Ces pays comptabilisent à eux seuls plus de la moitié des décès recensés dans le monde. L’Inde, où entre 80 000 et 90 000 nouvelles infections sont recensées chaque jour, a dépassé hier la barre des 6 millions de cas.
Lorsque l’OMS a déclaré que le coronavirus est une «pandémie» en mars dernier, 30 pays et territoires ont recensé 4 500 morts, dont les deux-tiers en Chine, mais l’Italie (800 morts) et l’Iran (300 morts) ont vu leur nombre de décès s’envoler. En Italie, premier pays hors la Chine à confiner sa population, les témoignages de médecins exténués, expliquant que face à l’afflux de malades ils doivent choisir qui soigner «comme dans les situations de guerre», ont créé une onde de choc. L’épidémie a ensuite flambé en Espagne, devenue alors le deuxième pays le plus touché d’Europe. A Madrid, une patinoire est transformée en morgue.
Quand la France franchit fin mars la barre des 3 000 décès, Patrick Vogt, médecin à Mulhouse, est aux premières loges. «Un certain nombre de médecins commençaient à mourir», dit-il très ému. «Il y a eu un avant et un après», rapporte l’AFP. Au Royaume-Uni, la stratégie de laisser le virus bâtir une «immunité collective» devient intenable et le pays confine sa population le 23 mars. Début mai, ce pays dépasse l’Italie avec plus de 30 000 morts.
Plus de 4,5 milliards de personnes dans 110 pays ou territoires sont alors contraintes ou incitées par leurs autorités à rester confinées chez elles. Les reports ou annulation des grands événements sportifs et culturels se multiplient (jeux Olympiques de Tokyo, Festival du cinéma de Cannes, Euro-2020 et Copa America en foot…). De même, l’aviation a été parmi les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, la quasi-totalité de la flotte mondiale clouée au sol et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) évalue pour 2020 à 419 milliards de dollars le manque à gagner pour le secteur.
L’impact sur la plupart des grandes économies mondiales ne se fait pas attendre, une contraction sans précédent au deuxième trimestre. Aux Etats-Unis, première économie mondiale, la chute y est de 9,5%, selon l’OCDE, et plus de 20 millions d’emplois y sont détruits en avril. La Chine, deuxième économie de la planète, évite en revanche la récession en endiguant l’épidémie.
En Asie, la hausse est continue depuis avril et le continent s’approche aujourd’hui des 1 500 morts par jour. L’Italie semble montrer toutefois qu’il n’y a pas de fatalité, le nombre de contagions quotidiennes y reste depuis des semaines sous la barre des 2 000. Les Italiens «ont réagi avec force et inversé la tendance», a salué vendredi l’OMS.
On ne peut pas «sauver les gens aujourd’hui simplement en priant ou en travaillant sur des vaccins qui ne viendront que plus tard», a prévenu, vendredi, le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Selon l’AFP, un candidat-vaccin russe, Spoutnik V, a donné des résultats préliminaires encourageants, mais ces recherches ne peuvent pour l’instant pas prendre de vitesse le virus. Cinq vaccins, trois occidentaux et deux chinois, sont actuellement en phase 3 de tests. n