Les professionnels de la santé n’écartent pas l’éventualité d’une quatrième vague de la Covid-19 en Algérie. Après la mise en garde de nombreux spécialistes, c’est au tour du Professeur Abdelbasset Ketfi, chef de service Covid à l’hôpital de Rouiba (Alger), d’indiquer que cette épineuse question et d’expliquer pourquoi cette prochaine vague, tant redoutée, est possible si certaines conditions ne sont pas réunies et respectées.

PAR INES DALI
Tout en indiquant que nul «ne peut avancer avec exactitude quand verrait-t-on déferler cette quatrième vague ni prévoir avec précision son intensité», il donne toutefois un pronostic se basant sur son expérience en tant que chef de service Covid et professeur en maladies respiratoires, non sans prévenir sur le relâchement qui a pris le dessus sur la vigilance et sur la réticence à la vaccination. «Si nous devions faire face à une quatrième vague de contaminations à la Covid-19, ce serait entre les mois de décembre et janvier prochains», a-t-il prévenu sur Radio Sétif.
Cette situation pourrait être évitée à condition de ne pas se départir des fondamentaux en matière de prévention, selon ce spécialiste. Pour lui, une quatrième vague en Algérie est liée au «degré d’engagement et de l’application rigoureuse des mesures de prévention et autres gestes barrières» que tout le monde connaît mais que tout le monde n’applique pas forcément. Son apparition est, également, «étroitement liée au taux de vaccination». Pour l’heure, une certaine réticence vaccinale continue d’être observée. «Si nous continuons dans les mêmes degrés de complaisance, d’insouciance et d’abandon de la prévention, et si nous continuons de bouder la vaccination, la prochaine vague pourrait bien se manifester en décembre ou janvier», a estimé le Pr Ketfi. Ainsi, aussi bien le respect des gestes barrières qu’une vaccination massive sont, encore une fois, cités comme les deux facteurs pouvant influer sur l’évolution de la situation épidémiologique et, partant, écarter le spectre d’une quatrième vague. Est-il encore temps d’éviter le scénario que le chef de service Covid de l’hôpital de Rouiba prévoit, avec des réserves, pour cet hiver ? Cela reste du domaine du possible, a-t-il assuré, mettant en avant que le pays dispose d’au moins deux mois pour agir dans le sens de la restriction de propagation de la pandémie afin de ne pas subir la prochaine vague comme une fatalité. «Actuellement, nous pouvons faire en sorte de circonscrire la pandémie aux mois d’octobre et de novembre avant d’être assiégés par cette vague», a-t-il souligné. Préconisant que cela se fasse à travers une forte vaccination et l’application rigoureuse des mesures préventives. «C’est ainsi que nous serons bien préparés», a-t-il résumé.
A propos de vaccination, le recul est constaté à tous les niveaux. Les praticiens en charge des centres vaccinaux font part d’une affluence moindre de la population pour recevoir la première dose d’anti-Covid-19. Mais pas seulement. Le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a lui-même reconnu que la vaccination n’est plus au rythme souhaité après avoir connu une affluence massive en juillet dernier, la population ayant été poussée par «la peur de la maladie» au moment où la troisième vague et la souffrance des malades par manque d’oxygène faisait rage. Au moment où beaucoup de malades y ont également perdu la vie.
La vaccination massive étant qualifiée comme seul moyen de combattre la maladie de la Covid-19, le Pr Ketfi le souligne, également, en avertissant : «N’attendons pas une nouvelle vague pour recourir à la vaccination, nous devons vacciner 70% de la population, soit 25 millions d’Algériens» pendant qu’il est encore temps. Comme nombre de ses confrères, il recommande que «c’est le moment de vacciner», maintenant que les contaminations sont en baisse et que la décrue se confirme. «C’est le moment adéquat pour une vaccination massive», ont, à maintes reprises expliqué les spécialistes.
En effet, le nombre des contaminations est passé en dessous des 200 cas depuis plusieurs jours, de même que le nombre de décès a considérablement baissé. Avant-hier vendredi, l’Algérie a enregistré 158 nouveaux cas confirmés de Covid-19 et 3 décès. La situation épidémiologique «confortable» actuellement se mesure, également, à travers les activités initiales qui ont repris au niveau de certains services (convertis en services Covid) dans les hôpitaux, après une suspension durant cet été en raison du fort taux d’occupation des lits durant la virulente troisième vague. L’amélioration de la situation épidémiologique est donc, certes, palpable mais rien n’assure qu’elle puisse s’inscrire dans la durée au vu du relâchement constaté un peu partout et, de surcroît, avec une certaine réticence à la vaccination.
Les anti-Covid-19 sont pourtant disponibles en quantité suffisante, contrairement au début de la vaccination en janvier dernier, où l’approvisionnement était une véritable source de tracas. A ce titre, l’Algérie a encore réceptionné un nouveau lot de 206 000 vaccins anti-Covid-19 Sputnik V avant-hier. C’est la deuxième cargaison de ce vaccin que l’Algérie a reçu en une semaine.
Le pays s’est, également, lancé dans la production de son propre vaccin à l’unité Saidal de Constantine, le CoronaVac en l’occurrence, fruit d’un partenariat algéro-chinois. C’est dire que ce n’est plus les anti-Covid-19 qui viendront à manquer en Algérie, mais plutôt les personnes voulant bien recevoir les doses de vaccin qui les protégeront contre la Covid- 19 ou, du moins, leur feront éviter de développer une forme grave de cette maladie.
Le Pr Ketfi, faisant montre d’optimisme, estime que tous les chiffres et données confirment que le monde sortira de la crise du coronavirus au cours du «premier trimestre de 2022 en raison du taux élevé de vaccination dans le monde», faisant remarquer, cependant, qu’«en Algérie, le taux de vaccination n’est actuellement pas encourageant».
Ainsi, les professionnels de la santé, sans vouloir trop verser dans l’alarmisme, ne se montrent toutefois pas très rassurants quant au risque d’une quatrième vague qui guette le pays. Ils incitent, dans leur ensemble, la population à adopter un comportement adéquat en pareille circonstance qui éviterait au pays une autre catastrophe, comme celle de l’été dernier, qui reste encore vivace dans les mémoires.